19 janvier 2026

Comment les CPTS et les médecins libéraux du Languedoc-Roussillon transforment-ils la prévention en santé ?

Dans la région Languedoc-Roussillon, la prévention en santé connaît des évolutions majeures grâce à la collaboration entre les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) et les médecins libéraux. Ces dynamiques collectives se traduisent par plusieurs actions ciblées et adaptées aux besoins locaux :
  • Dépistages organisés pour des pathologies majeures (cancers, diabète, pathologies cardiovasculaires) avec une implication renforcée des médecins libéraux.
  • Campagnes de vaccination déployées à l’échelle territoriale, incluant la lutte contre la grippe, le COVID-19, et le papillomavirus.
  • Actions éducatives en santé (addictions, nutrition, activité physique, santé mentale), souvent en lien avec les collectivités locales.
  • Organisation d’événements de proximité tels que Forums Santé, ateliers dans les écoles et campagnes itinérantes en zones rurales.
  • Mise en place de protocoles de repérage précoce et d’orientation, notamment pour la perte d’autonomie, la santé mentale ou les violences intrafamiliales.
  • Mobilisation renforcée lors de situations sanitaires exceptionnelles, révélant l’adaptabilité du réseau régional.
Ces initiatives se distinguent tant par leur impact que par leur ancrage régional et la volonté de répondre aux défis spécifiques du territoire.

Définition et missions des CPTS : un socle commun

Créées par la loi de modernisation de notre système de santé (2016), les CPTS visent à favoriser une organisation coordonnée des soins de proximité et à répondre aux besoins spécifiques de chaque territoire. Leur première mission, clairement définie par la CNAM et les ARS, est d’améliorer la prévention et la promotion de la santé, en adaptant les actions aux attentes locales (Ministère de la Santé).

En Languedoc-Roussillon, on recense actuellement plus de 30 CPTS actives, couvrant la quasi-intégralité de l’ex-région. Chacune structure une offre de prévention sur-mesure, tout en s’appuyant de manière croissante sur la mobilisation quotidienne des médecins libéraux.

Zoom sur les actions de prévention en partenariat CPTS-médecins libéraux

1. Le dépistage organisé : un fer de lance régional

  • Dépistage des cancers : Les médecins libéraux, via les CPTS ou dans des groupes pluriprofessionnels, animent des campagnes de dépistage du cancer colorectal, du sein et du col de l’utérus. Par exemple, la CPTS de la Petite Camargue initie chaque année des « Jours de l’Octobre Rose » dédiés au dépistage du cancer du sein, avec une forte mobilisation des généralistes et gynécologues locaux (Occitanie Dépistage).
  • Dépistage du diabète et nutrition : Plusieurs CPTS, comme celle du Cœur Hérault, organisent des journées de dépistage du diabète associées à des ateliers sur l’alimentation locale, accessibles en centre-ville et dans les villages satellites du territoire.
  • Repérage précoce des pathologies cardiovasculaires : Par le biais de campagnes populationnelles ou ciblées (quartiers prioritaires, populations agricoles), des actions coordonnées permettent de repérer les patients à risque et d’instaurer précocement des mesures de suivi.

2. La vaccination, pivot de la prévention territoriale

La région Languedoc-Roussillon a été pionnière dans la mobilisation conjointe des CPTS et des médecins libéraux pour la vaccination anti-COVID-19. La majorité des CPTS ont ouvert des centres locaux, conçu des dispositifs itinérants pour aller vers les personnes âgées ou précaires (ex : CPTS Gard Rhodanien, Grand Montpellier), et impliqué les médecins dans l’animation ou la supervision médicale des opérations (ARS Occitanie).

  • Campagnes de vaccination antigrippale : organisation de drives, séances sans rendez-vous dans les maisons de santé.
  • Lutte contre le papillomavirus : séances d’information et de vaccination dans les collèges, avec appui des médecins scolaires et des libéraux volontaires (ex : campagne « Vaccinons nos ados » sur la CPTS du Grand Narbonne).
  • Vaccination contre la rougeole et le méningocoque dans les quartiers à faible couverture vaccinale, souvent couplées à des accès gratuits aux soins de base.

3. Actions éducatives et prévention des conduites à risques

Les CPTS s’investissent dans l’éducation à la santé, sous forme d’ateliers ouverts ou de programmes scolaires dédiés. Plusieurs exemples régionaux illustrent la diversité et l’ancrage de ces actions :

  • Ateliers « Santé des ados » en zone rurale (ex : CPTS Cévennes-Garrigue), abordant nutrition, addictions, activité physique et gestion du stress.
  • Interventions sur les risques liés à l’alcoolisation festive et aux drogues chez les étudiants, notamment animées par des médecins libéraux et associatifs dans les universités de Nîmes et Montpellier.
  • Sensibilisation à la santé environnementale, à travers des journées « Air Santé » sur Perpignan et Béziers (qualité de l’air, perturbateurs endocriniens, détection du radon).

4. Repérage des fragilités et prévention de la perte d’autonomie

Anticipant le vieillissement accéléré de la population régionale (INSEE Occitanie), de nombreuses CPTS ont mis en place des protocoles de repérage des fragilités à domicile. Les médecins traitants, souvent en binôme avec les infirmiers ou les pharmaciens, sont en première ligne pour détecter une perte de mobilité, des troubles cognitifs ou une malnutrition, et orienter aussitôt vers les ressources adaptées (consultation mémoire, ateliers équilibre, équipe mobile, etc.).

Certaines communautés, tel le Grand Carcassonne, organisent également des caravanes de la prévention en zones peu desservies, où bilan médical rapide, évaluation fonctionnelle et dépistage de la dépression sont proposés gratuitement et sans rendez-vous.

Organisation territoriale : comment s’articule la coordination régionale ?

Le pilotage des actions de prévention se fait à la fois au niveau de chaque CPTS via des commissions spécialisées (prévention, santé publique, éducation thérapeutique), et via le partage d’outils communs promus par l’ARS et l’Assurance Maladie (portail e-Territoires, plateformes d’aide à la coordination).

  • Des réunions régulières, souvent trimestrielles, rassemblent généralistes, spécialistes, paramédicaux, acteurs du social, représentants d’associations et élus locaux, pour dresser des diagnostics partagés et choisir les priorités d’action.
  • La faisabilité des actions repose largement sur le volontariat des médecins libéraux et l’investissement croissant des jeunes installés, désireux de donner du sens à leur travail au-delà des consultations classiques.
  • Dans certains territoires, des « délégués prévention » ou « animateurs CPTS » assurent l’interface entre la coordination médicale et les partenaires extérieurs (associations, Education nationale, municipalités).

L’une des forces du modèle régional est de savoir intégrer les réalités hétérogènes : ruralité profonde, métropoles en tension, bassins à forte population saisonnière, etc. Les actions de prévention sont parfois mutualisées (ex : dépistage itinérant), parfois ultra-ciblées (ex : quartiers prioritaires de Nîmes ou de Sète).

Impact, limites et perspectives : parole du terrain

Le bilan dressé par l’Observatoire régional de la santé (ORS Occitanie) indique que la collaboration CPTS-médecins libéraux a permis :

  • Une augmentation significative de la participation aux dépistages organisés (taux de mammographies +12% entre 2020 et 2023 dans plusieurs micro-territoires du Gard et de l’Hérault).
  • Une couverture vaccinale COVID-19 supérieure à la moyenne nationale pour les personnes âgées et vulnérables dans certains bassins ruraux (jusqu’à 96% dans la plaine du Roussillon).
  • Une meilleure détection des situations de fragilité sociale ou psychique, grâce à l’implication des généralistes et à la remontée rapide des signaux faibles.
Toutefois, plusieurs défis subsistent :
  • La surcharge administrative et la difficulté de financement des actions récurrentes pour les petites CPTS.
  • L’hétérogénéité de l’engagement professionnel, certains territoires peinant à fédérer largement.
  • La nécessité de renforcer la dimension d’évaluation et d’impact des dispositifs au long cours.

Parole partagée d’un médecin de la région : « L’arrivée des CPTS a changé l’approche de la prévention : nous sortons de l’isolement, on mutualise les moyens et on sent un soutien palpable sur le terrain, mais la dynamique repose beaucoup sur l’énergie bénévole – il faudrait pérenniser davantage. »

Pour demain : quels axes d’évolution régionale ?

D’ici 2026, le plan régional de santé vise à :

  • Développer les interventions "d’aller-vers" les publics peu touchés par la prévention classique, grâce aux équipes mobiles et aux actions hors les murs.
  • Renforcer l’éducation à la santé dès le plus jeune âge, en coordination avec les écoles, les structures sportives et les collectivités.
  • Soutenir la formation des médecins libéraux à l’animation de groupes et à la prise en charge pluriprofessionnelle des questions de prévention.
  • Structurer des évaluations d’impact robustes pour guider vers les dispositifs les plus efficaces.
Le succès des actions de prévention en Languedoc-Roussillon tient à l’engagement du terrain, à la créativité locale et à l’adaptabilité de la médecine libérale. Forts de ces expériences, les acteurs s’emparent peu à peu d’une culture partagée : celle d’un soin préventif, collectif, accessible et utile, porté par les professionnels eux-mêmes et adapté à chaque territoire.

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