17 novembre 2025

Cartographie 2024 des zones d’intervention prioritaire en médecine libérale en Languedoc-Roussillon : état des lieux et décryptage

Pourquoi des zones d’intervention prioritaire ? Origines et enjeux pour le Languedoc-Roussillon

L’accès aux soins reste une question cruciale dans le Languedoc-Roussillon, territoire historiquement marqué par des contrastes entre villes, littoral attractif et zones rurales ou de montagne isolées. Afin d’encourager l’installation médicale dans les zones sous-dotées, l’Agence Régionale de Santé (ARS) Occitanie, suite à la politique nationale des Zones d’Intervention Prioritaire (ZIP), identifie chaque année les communes où l’offre de soins médicaux libéraux est jugée insuffisante ou menacée.

Ces ZIP ne se décident pas à la légère. Elles conditionnent l’attribution de nombreux dispositifs d’aides à l’installation ou au maintien : contrats incitatifs, exonérations fiscales, aides de la CPAM, jusqu’aux compléments de rémunération pour inciter à la pratique dans ces territoires objectifs. À l’échelle du Languedoc-Roussillon (soit les départements Aude, Gard, Hérault, Lozère, Pyrénées-Orientales), ce classement est scruté par les professionnels comme par les élus, car il influe directement sur l’équilibre du maillage médical régional.

Les ZIP sont définies par l’ARS selon une grille nationale, mais tenant compte de réalités locales : démographie médicale, pyramide des âges des praticiens, état de santé de la population, éloignement géographique des soins, critères sociaux-économiques… Pour la carte 2024, la publication s’appuie sur les dernières données du zonage médecins libéraux Data.gouv.fr et l’arrêté de zonage arrêté pour l’Occitanie par l’ARS début 2024.

Quels critères pour être classé en zone d’intervention prioritaire ?

Pour classer une commune en ZIP (ou Zone d’Action Complémentaire dite ZAC, ou Zone d’Action Renforcée – ZAR, selon le domaine), plusieurs indicateurs sont pris en compte :

  • La densité médicale en équivalents temps plein pour 100 000 habitants
  • L’accessibilité aux soins de premier recours (âge et temps de trajet vers le médecin le plus proche)
  • La part de médecins âgés de plus de 60 ans
  • Le taux de patients en Affection de Longue Durée (ALD)
  • Des critères socio-économiques (revenu médian, taux de pauvreté, chômage)
  • L’offre de soins environnante (présence ou non d’autres spécialistes, pharmacies, établissements de santé…)

Les médecins généralistes sont le premier groupe concerné, mais des zonages sont aussi établis pour certaines spécialités : pédiatrie, gynécologie, ophtalmologie, psychiatrie…

Une ZIP équivaut le plus souvent à une commune rurale ou péri-urbaine déficitaire – mais, particularité du Languedoc-Roussillon, elle peut aussi concerner des quartiers urbains précarisés, comme dans le nord de Montpellier ou certaines zones de Nîmes.

Combien de communes concernées en Languedoc-Roussillon en 2024 ?

Selon le dernier arrêté ARS Occitanie 2024 – Zonage médical, ce sont près de 420 communes du Languedoc-Roussillon qui sont identifiées en ZIP pour les médecins généralistes, soit environ 33 % des communes de l’ancienne région. Ce chiffre est en légère hausse par rapport au zonage précédent, conséquence d’une démographie médicale en recul sur de nombreux territoires ruraux et d’une progression de la proportion de médecins âgés.

Département Nb de communes en ZIP (généralistes) % des communes du département Communes les plus peuplées en ZIP
Aude (11) 86 36 % Limoux, Quillan
Gard (30) 125 31 % Le Vigan, Bagnols-sur-Cèze (partiel), Saint-Ambroix
Hérault (34) 95 22 % Lodève, Le Caylar
Lozère (48) 89 76 % Mende, Marvejols
Pyrénées-Orientales (66) 27 13 % Prades, Ille-sur-Têt

À ces chiffres s’ajoutent des ZAC (zones d’action complémentaire) ou ZAR pour certaines spécialités, notamment pour la gynécologie et la pédiatrie, qui recoupent en partie d’autres territoires.

Où sont localisées ces zones ? Cartes et exemples concrets

L’essentiel des ZIP du Languedoc-Roussillon se concentre dans :

  • La montagne et le piémont cévenol (Lozère, haute Gard, ouest Aude)
  • Les Corbières et le Lauragais (Aude)
  • Le Sud-Minervois et l’arrière-pays héraultais (Lodévois, Hauts-Cantons)
  • La plaine intérieure du Gard (en dehors des zones littorales et de Nîmes)
  • Le Conflent, le Capcir et la Cerdagne (Pyrénées-Orientales)

Quelques exemples concrets :

  • Limoux (Aude)
    • Population : env. 10 500 habitants
    • Ratio médecins généralistes/100 000 hab. : inférieur à 90 (moyenne régionale : 131 en 2023, source Atlas ARS)
    • Part de médecins de plus de 60 ans : 70 %
    • ZIP depuis 2019, faute de remplacement lors des départs à la retraite
  • Le Vigan (Gard)
    • Commune-centre en Cévennes (4000 habitants), 40 km du centre hospitalier le plus proche
    • Présence d’un centre de santé mais démographie libérale en fort déclin
    • ZIP, ZAR en pédiatrie et en gynécologie
  • Lodève (Hérault)
    • Chef-lieu d’arrondissement
    • ZIP pour les généralistes, ZAC pour les ophtalmologues
    • Difficulté de recrutement signalée depuis 8 ans
  • Mende (Lozère)
    • Ville-préfecture, avec moins de généralistes libéraux en activité qu’en 2005 malgré une population stable
    • ZIP, et zone sinistrée en médecine d’urgence
  • Prades (Pyrénées-Orientales)
    • Commune-centre du Conflent, ZIP renforcée
    • Seule maison de santé pluridisciplinaire du secteur, très active sur le recours à la téléconsultation

Un constat partagé par le collectif médical régional : nombre de communes ZIP sont des villages de moins de 1500 habitants, mais aussi des pôles de vie secondaire (Limoux, Le Vigan, Lodève…). Ce sont souvent les seuls points d’attractivité sociale, scolaire, médicale pour leur bassin de vie.

L’impact concret du zonage : quelles aides et quelles difficultés ?

Être en ZIP n’est pas qu’une mesure statistique : elle oriente politiquement l’effort régional et national en faveur de l’équité d’accès aux soins. Pour les médecins libéraux, travailler en ZIP donne accès à :

  • Le Contrat d’Aide à l’Installation (jusqu’à 50 000 € d’aides cumulées sur 2 ans, source : CPAM Occitanie 2023)
  • Des exonérations fiscales partielles pendant 5 ans
  • Le Contrat de Stabilisation et de Coordination (complément de revenu pour exercice coordonné en ZIP)
  • L’accompagnement par les collectivités dans le montage de projets collectifs (maisons de santé, recrutements, logement…)
  • Accès à des dispositifs de téléconsultation soutenus par l’ARS

Mais le zonage n’est pas une baguette magique. Les difficultés de recrutement persistent, même avec les incitations. En Lozère, par exemple, seuls 2 généralistes se sont installés en ZIP via les contrats incitatifs sur l’année écoulée, sur une dizaine de postes vacants (source : Conseil Départemental de la Lozère, bilan 2023). Les causes : crainte de l’isolement professionnel, difficultés dans le maintien d’une vie familiale attractive, problèmes de desserte routière ou numérique dans certaines zones.

Plusieurs témoignages de praticiens en ZIP – relayés lors des rencontres du Collectif des Médecins Libéraux Languedoc-Roussillon – pointent également :

  • L’impossibilité de trouver des remplaçants l’été ou durant les vacances
  • La charge de travail accrue en l’absence de continuité médicale
  • Les démarches administratives complexes pour accéder aux aides

Focus sur les ZIP par spécialité : gynécologues, pédiatres, ophtalmologistes…

Outre la médecine générale, l’ARS identifie d’autres zones critiques pour certaines spécialités. Au dernier état des lieux :

  • Le Gard et l’Aude affichent des déficits structurels en gynécologues et pédiatres en zones rurales (source : ARS Occitanie, Bilan Zonage 2022).
  • L’Hérault intérieur regroupe les seules ZIP d’Occitanie pour l’ophtalmologie hors grandes villes.
  • La Lozère ne compte plus qu’un seul psychiatre libéral pour la totalité du département.

Des ZIP « spécialistes » sont donc actées à titre complémentaire dans ces communes, donnant droit à des aides spécifiques similaires à celles des généralistes.

Une carte évolutive, reflet des tensions et des dynamiques régionales

La cartographie des zones d’intervention prioritaire n’est jamais figée. Elle évolue tous les 3 ans (ou plus en cas d’urgence), sous l’égide de l’ARS, mais aussi par consultation des acteurs de santé locaux et des URPS. En Languedoc-Roussillon, des disparités persistent, souvent à contrepied des dynamiques démographiques : ainsi, certaines zones littorales ou périurbaines proches de Montpellier ou Perpignan, autrefois attractives, connaissent désormais des fragilités par effet de « poussée » de population et une sur-sollicitation des cabinets restants.

Le suivi du zonage est donc déterminant : non seulement pour les installations futures, mais aussi pour la mise en œuvre des contrats locaux de santé, des politiques d’offre de soins ambulatoire, et d’une médecine libérale de qualité, proche et adaptée aux besoins de la population du Languedoc-Roussillon.

Pour consulter la liste exhaustive, la carte interactive et les futures évolutions des ZIP, la référence reste le site de l’ARS Occitanie et la base Data.gouv.fr

Sources : ARS Occitanie (zonage 2024 et analyses), Data.gouv.fr/Zonage médical, CPAM Occitanie, Conseil Départemental de la Lozère, Atlas ARS Occitanie 2023, Présentation Zonage 2022 Généraliste ARS.

En savoir plus à ce sujet :