22 janvier 2026

Créer ou rejoindre une CPTS en Languedoc-Roussillon : modalités, leviers et réalités pour les médecins libéraux

Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) représentent une organisation clé pour la médecine libérale dans le Languedoc-Roussillon. Elles visent à renforcer la coordination des soins sur un territoire et à apporter des solutions adaptées aux besoins locaux. Les conditions pour créer ou rejoindre une CPTS en tant que médecin libéral impliquent de :
  • Comprendre le cadre réglementaire fixé par les lois de santé et l’avenant 1 à l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI).
  • Identifier un projet de santé adapté aux enjeux spécifiques du territoire (démographie médicale, accès aux soins, santé publique).
  • Constituer un collectif pluriprofessionnel et s’engager dans une gouvernance structurée et partagée.
  • Adopter une organisation administrative (association loi 1901 le plus souvent).
  • Respecter les engagements contractuels avec l’Assurance Maladie et l’ARS Occitanie.
  • Bénéficier d’un accompagnement local (URPS, fédérations, maisons de santé, etc.).
Ce contexte se traduit concrètement par des étapes, des critères et des enjeux à connaître pour tous les médecins libéraux souhaitant s’impliquer dans une CPTS sur leur territoire.

Les bases réglementaires et institutionnelles des CPTS

Les CPTS sont officiellement inscrites dans le paysage légal et conventionnel de la santé depuis la “Loi de Modernisation de notre système de santé” (2016), amplifiée par la stratégie “Ma santé 2022”. En 2019, l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI) signé avec l’Assurance Maladie en a défini les contours opérationnels. Le principal objectif ? Permettre aux libéraux (médecins, pharmaciens, infirmiers, etc.) de co-construire une organisation collective de soins correspondant aux besoins de leur territoire.

  • Cadre national : Les CPTS fonctionnent sur la base d’un contrat (ACI CPTS) signé avec l’Assurance Maladie, assorti de financements et d’objectifs de santé publique régionaux.
  • Déclinaison régionale : L’Agence Régionale de Santé (ARS) Occitanie et les URPS (Unions Régionales des Professionnels de Santé) accompagnent, financent, contrôlent et évaluent les CPTS sur le terrain.

Pour approfondir les référentiels, on peut consulter les textes légaux (Loi 2016-41), l’ACI CPTS (publié sur ameli.fr) et la cartographie régionale sur les sites de l’ARS Occitanie et de l’URPS Médecins Libéraux.

Prérequis pour créer une CPTS : le socle à réunir

Créer une CPTS relève d’une démarche collective exigeante. Cela suppose :

  • Un territoire cohérent : Définir une zone géographique pertinente (bassin de vie, intercommunalité, bassin hospitalier…), avec un maillage de professionnels prêt à travailler ensemble. En Languedoc-Roussillon, cela coïncide souvent avec un EPCI ou une aire de santé identifiée par l’ARS.
  • Un diagnostic partagé du territoire : Identifier besoins locaux (démographie médicale, urgences, accès aux soins, pathologies…), forces, faiblesses et attentes de la population. Exemple local : le diagnostic de la CPTS du Pays de Lunel (34) a mis en avant les tensions sur la prise en charge en pédiatrie et la précarité dans certaines communes rurales.
  • Une équipe pluriprofessionnelle fondatrice : Rassembler au moins trois professions de santé différentes (dont médecins obligatoirement), selon la recommandation minimale nationale.
  • Un portage administratif solide : Généralement sous forme d’association loi 1901, assurant une gouvernance partagée, la gestion des ressources et la représentation du collectif auprès des institutions.

À ces éléments s’ajoutent une volonté d’innovation, une capacité à embarquer d’autres volontaires (pharmaciens, infirmiers, sages-femmes…), ainsi que l’appui de relais locaux (URPS, fédérations). Dans la réalité régionale, une dynamique associative préexistante (ex : maisons de santé pluriprofessionnelles ou collectifs territoriaux) facilite notablement la maturation d’un projet de CPTS.

Les engagements professionnels et les droits des médecins libéraux dans une CPTS

Rejoindre une CPTS n’est jamais une simple formalité. Cela implique :

  • L’adhésion à la gouvernance : chaque membre doit être informé et partie prenante des orientations stratégiques et des actions menées par la structure. Les modalités de décision (collège des médecins, réunions, votes…) sont déterminées par les statuts.
  • Un engagement collectif : participation à la définition et à la mise en œuvre du projet de santé territorial, activités de coordination, réunions, partage d’informations, construction de parcours patients partagés.
  • Respect des missions socles et optionnelles : selon l’ACI, la CPTS doit prendre en charge des missions minimales (amélioration de l’accès aux soins, organisation de la réponse aux soins non programmés, prévention…), avec la possibilité d’ouvrir des axes supplémentaires selon les priorités locales (santé mentale, coordination ville-hôpital, action sociale, etc.).
  • Droits individuels : bénéficier de financements inhérents au fonctionnement de la CPTS, d’un accès facilité à certains dispositifs (télé-expertise, protocoles partagés, formation), tout en conservant son indépendance professionnelle.

Chaque CPTS signe une convention avec l’Assurance Maladie et doit rendre compte annuellement de son activité : nombre de professionnels impliqués, actions réalisées, impact sur le territoire (voir les rapports d’activité type sur ameli.fr).

Parcours pour rejoindre une CPTS existante : étapes et précautions

Pour un médecin libéral qui souhaite intégrer une CPTS existante, le processus est structuré mais accessible :

  1. Prendre contact avec la gouvernance de la CPTS, souvent via une réunion d’accueil ou un entretien individuel. Les listes des CPTS et leurs coordonnées sont disponibles auprès de l’ARS ou de l’URPS Médecins Libéraux Occitanie.
  2. Exprimer ses motivations : Il s’agit de préciser ses attentes, ses domaines d’investissement privilégiés (soins non programmés, prévention, etc.) et d’identifier les synergies possibles.
  3. Adhérer formellement : L’adhésion passe par la signature d’une convention ou l’entrée dans l’association, avec acceptation des statuts et, parfois, le paiement d’une cotisation symbolique.
  4. Participer à la vie de la CPTS : Intégration dans les groupes de travail, participation aux réunions, actions terrain. Certaines CPTS du Languedoc-Roussillon proposent un parcours d’intégration progressif pour permettre aux nouveaux membres de s’approprier le fonctionnement à leur rythme.

En deçà de la réglementation, l’accueil “culturel” du collectif local est déterminant. Dans notre expérience, l’engagement initial au sein d’une CPTS fonctionne d’autant mieux qu’il existe une réelle sensibilisation au travail territorial et à la logique du “patient territoire” plutôt que du “patient file”.

Contraintes, financements et valorisation professionnelle : la réalité dans notre région

Le développement des CPTS dans le Languedoc-Roussillon a révélé certains freins spécifiques, mais aussi des leviers puissants :

  • Contraintes fréquemment citées : Accès aux données de santé du territoire, compatibilité des agendas professionnels (surtout dans les zones à faible densité médicale), charge administrative du portage associatif, manque de reconnaissance initiale des heures investies.
  • Leviers locaux efficaces : Soutien proactif de l’URPS Médecins, existence d’une tradition de coordination médicale (via les réseaux ou les confédérations médicales régionales), implication des DAM (Délégués de l’Assurance Maladie) sur le terrain, mobilisation autour de problématiques “chaudes” (ex : crise des urgences estivales en littoral, désertification médicale en zone de montagne, coordination soins-migrants dans l’Hérault).
  • Financements : Les CPTS bénéficient d’un financement annuel variable selon leur taille et les missions intégrées, pouvant aller, dans certains territoires du Languedoc-Roussillon, de 50 000 € à plus de 150 000 € par an (ameli.fr Occitanie). L’assise financière doit permettre de rémunérer la coordination, financer les outils numériques, les actions de prévention et les temps médicaux dédiés à la gouvernance.
  • Valorisation : Outre l’impact sur la qualité de vie professionnelle (mutualisation, soutien, innovation), certains médecins libéraux de notre collectif soulignent aussi l’apport d’une CPTS dans le développement d’une offre de soins innovante (parcours fragilité, protocoles en cancérologie, télémédecine, etc.) et l’attractivité pour de nouveaux confrères, notamment dans les zones en tension.

Points d’attention spécifiques au Languedoc-Roussillon

Notre région se distingue par sa diversité territoriale, ses fortes disparités démographiques et une culture d’innovation locale :

  • Diversité des dynamiques : Les CPTS du littoral catalan ou de la vallée de la Têt s’appuient sur un socle touristique qui implique une gestion saisonnière très marquée. À l’inverse, dans le Haut-Languedoc (zone de Saint-Pons-de-Thomières, Lodévois, Pic Saint-Loup), l’enjeu prioritaire est la lutte contre le désert médical et la gestion de la précarité.
  • Relations avec les hôpitaux : Les liens ville-hôpital sont parfois complexes, surtout dans les bassins où l’attractivité hospitalière est fragile ou où la démographie médicale bascule. Les CPTS qui réussissent sont celles qui impliquent très tôt les praticiens hospitaliers dans des groupes de travail mixtes (ex : CPTS Cévennes Gangeoises et Suménoises).
  • Appui institutionnel différencié : L’ARS Occitanie a mis en place un parcours d’accompagnement spécifique avec des chargés de mission dédiés par département. Il existe des aides à l’ingénierie de projet (diagnostic, animation) souvent méconnues des porteurs locaux.
  • Exemples notables : Montage express de la CPTS de Bagnols-sur-Cèze au plus fort de la crise Covid pour organiser la réponse ambulatoire, ou mise en place d’un dispositif d’accueil des nouveaux médecins dans l’ouest audois (mentorat, formation à la coordination).

Éléments-clés pour réussir et regards croisés régionaux

Pour notre collectif de médecins libéraux, trois éléments conditionnent la réussite d’une CPTS dans notre région :

  • Un diagnostic territorial construit collectivement, loin des modèles préfabriqués : partage d’information, regards croisés sur les réalités locales, implication des patients.
  • Le respect de la gouvernance partagée et de l’engagement équitable entre professions : ni leadership médical excessif, ni juxtaposition de mono-disciplines.
  • L’anticipation des questions de durabilité : financement, renouvellement des membres, formation continue, ouverture aux jeunes praticiens.

Des expériences régionales nous rappellent que la clé du succès, au-delà des textes et des financements, réside dans la capacité de chaque médecin à penser “projet territorial” : sortir du confort de l’exercice isolé, et se donner le temps d’expérimenter ensemble. Les “petites CPTS” rurales fonctionnent souvent différemment des grosses structures urbaines, mais toutes doivent veiller à rester pilotées par les besoins du terrain et non par la simple conformité au cadre.

Créer ou rejoindre une CPTS, c’est finalement faire le choix d’une médecine libérale plus collective, plus autonome et plus adaptée aux défis du Languedoc-Roussillon. Une aventure humaine et professionnelle qui engage, mais qui redonne aussi du sens à notre exercice.

Sources principales :

  • Loi 2016-41 de modernisation de notre système de santé
  • ACI CPTS sur ameli.fr
  • Cartographie et guides ARS Occitanie / URPS Médecins Libéraux Occitanie
  • Témoignages de médecins impliqués dans les CPTS du Languedoc-Roussillon
  • Guide de la création de CPTS, Fédération Nationale des CPTS (2023)

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