8 octobre 2025

Favoriser une meilleure répartition des médecins libéraux : initiatives et dynamiques en Languedoc-Roussillon

Contexte régional : une équation complexe entre démographie, besoins et offre de soins

Le Languedoc-Roussillon, aujourd’hui intégré à l’Occitanie, cumule plusieurs défis :

  • Une croissance démographique parmi les plus fortes de France : entre 2010 et 2020, la population de l’ex-région a augmenté de plus de 7% (source INSEE).
  • Des disparités territoriales marquées : si Montpellier et le littoral bénéficient d’une densité médicale supérieure à la moyenne nationale (331 médecins pour 100 000 habitants sur la métropole de Montpellier), l’arrière-pays rural ou montagnard (Haute-Vallée de l’Aude, Cévennes, certains secteurs de la Lozère) relève de déserts médicaux (données DREES 2022).
  • Un vieillissement accéléré de la population : 25% des habitants ont plus de 60 ans dans certains cantons de la Lozère ou des Pyrénées-Orientales (INSEE, 2023), ce qui majore les besoins en suivi médical.

La répartition des médecins libéraux résulte donc de multiples facteurs, souvent contradictoires.

Comprendre les dynamiques d’installation et de réinstallation des médecins libéraux

Facteurs d’attractivité et de répulsivité selon les territoires

  • Qualité de vie et isolement : Les médecins font souvent le choix d’un cadre de vie agréable, mais l’isolement professionnel et l’éloignement des services sont un frein à l’installation dans l’intérieur.
  • Conditions d’exercice : L’accès aux établissements de soins, la présence de pharmacies, kinésithérapeutes, centres de radiologie, influence la décision, tout comme la facilité de remplacement et la présence d’un réseau professionnel (source URPS ML Occitanie 2023).
  • Poids de la charge administrative : Les jeunes médecins plébiscitent des modes d’exercice coopératifs et des aides à la gestion administrative, surtout dans les zones sous-dotées.

Dans plusieurs enquêtes conduites en Occitanie, près de 72% des jeunes médecins interrogés (Enquête URPS 2022) aspirent à une pratique partagée, à l’accès à des temps dédiés à la formation et à la coordination, gages d’attractivité.

Initiatives et dispositifs favorisant la répartition territoriale en Languedoc-Roussillon

Les contrats incitatifs et aides à l’installation

  • Contrat PTMG (Praticien Territorial de Médecine Générale) : Ce dispositif garantit un complément de revenu pour assurer une installation en zone sous-dense. En 2023, la région Occitanie comptait 214 contrats signés dont 68 en Languedoc-Roussillon (source ARS Occitanie), avec une répartition favorisant la Lozère et l’ouest du Gard.
  • Aide à l’équipement des maisons de santé et centres de santé pluriprofessionnels : L’Occitanie dispose de plus de 260 MSP dont 88 en Languedoc-Roussillon, la plupart en territoires ruraux ou périurbains (source ARS Occitanie, 2024).
  • Bourses d’engagement : Certaines collectivités locales, notamment l’Aude et la Lozère, proposent des bourses pour les internes en contrepartie d’un engagement à s’installer dans le département pour plusieurs années.

L’essor des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP)

Les MSP accueillent en moyenne 6 à 15 professionnels, favorisent la mutualisation des locaux, de l’équipement et du secrétariat, et offrent une solution à l’isolement professionnel. En Languedoc-Roussillon, environ 60 % des MSP labellisées ARS sont situées dans des zones prioritaires (DREES, Panorama 2023). Le taux de fidélisation des jeunes praticiens y dépasse 70% à 3 ans après installation.

Développement de la télémédecine : changer le rapport aux distances

Sur le terrain, la téléconsultation s’impose comme un outil de régulation. En 2023, l’Occitanie comptait 580 000 téléconsultations réalisées (Assurance Maladie), dont plus de 40% dans les territoires ruraux du Languedoc-Roussillon. La télémédecine est particulièrement utilisée dans les zones à faible densité médicale telles que la Haute-Vallée de l’Aude ou l’est de la Lozère.

  • Bénéfices : maintien d’un suivi pour les patients âgés ou chroniques, facilitation du recours à l’avis spécialiste.
  • Limites : zones blanches numériques (encore 7% des foyers en Lozère sans accès Internet haut débit en 2023, source ARCEP), manque de formation pour certains professionnels.

Actions concrètes menées par les territoires : des exemples régionaux

Pôle de santé du Haut-Vidourle (Gard et Hérault)

  • Contexte : Territoire rural fragile, vieillissement élevé, raréfaction de l’offre médicale au début des années 2010.
  • Initiative : Création d’un pôle de santé associant généralistes, spécialistes, soins infirmiers, permanence d’accès aux soins et partenariat avec l’hôpital local de Ganges.
  • Résultat : Stabilisation du nombre de médecins libéraux, arrivée de 4 jeunes praticiens en 3 ans, structuration d’une équipe pour la PDSA (permanence des soins ambulatoire).

La Lozère, laboratoire d’initiatives

  • Conditions initiales : Département le moins dense en médecins de France métropolitaine (données Atlas DREES 2023 – 98 médecins généralistes pour 100 000 habitants).
  • Actions : Soutien fort du Conseil départemental, développement de « villages santé », accueil des internes et stagiaires en médecine en milieu rural, et jumelage avec le CHU de Montpellier.
  • Effets : Entre 2015 et 2022, le nombre d’installations annuelles a connu une croissance modérée mais réelle, preuve qu’un accompagnement logistique et humain change la donne. À Marvejols, 5 médecins jeunes installés entre 2018 et 2022, contre 0 dans la décennie précédente.

Renforcer la coordination et l’innovation locale

Coopération entre professionnels et territoires

Dans tout le Languedoc-Roussillon, la coordination est devenue un élément-clef :

  • Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) portent des projets de partage de gardes, d’organisation de consultations sans rendez-vous, d’éducation à la santé.
  • Certaines CPTS, comme celle de l’Uzège-Pont du Gard, organisent des actions en prévention et accueillent de nouveaux praticiens sur des missions partagées entre plusieurs communes.

Cette coopération améliore la qualité de vie professionnelle des médecins et la continuité des soins.

Place de la formation et de l’accompagnement des jeunes praticiens

  • Hébergement à coût réduit pour les internes et les remplaçants dans certains villages (ex : Communauté de communes du Haut-Minervois).
  • Actions de tutorat auprès des jeunes praticiens installés (filière médecin référent).
  • Promotion de la pluralité des modes d’exercice, y compris pour les spécialistes (MSP avec cardiologue à Prades, télé-dermatologie à Mende).

Perspectives et enjeux : maintenir le mouvement et amplifier les succès

Au vu des retours de terrain, la répartition des médecins libéraux bénéficie quand plusieurs dynamiques convergent :

  • Une action conjointe des collectivités locales, de l’État et des professionnels : l’impulsion est plus forte quand les acteurs sont mobilisés ensemble.
  • Un soutien logistique, matériel et humain : les solutions vivables sur le long terme associent un accompagnement continu à une véritable reconnaissance du travail collectif.
  • Le développement de modes d’exercice adaptés aux attentes nouvelles : coopération, temps partiels, polyvalence.
  • La valorisation du territoire auprès des jeunes médecins : stages attractifs, projet de vie accompagné, intégration à un collectif.

Le Languedoc-Roussillon, par la diversité de ses initiatives et la vivacité de ses réseaux, montre qu’il n’existe pas de solution unique mais une pluralité de réponses adaptées à chaque territoire. La dynamique d’installation des médecins libéraux reste fragile mais progresse, preuve qu’ensemble, élus, soignants et habitants peuvent construire une médecine locale et durable.

Sources : - INSEE, DREES, ARS Occitanie, Assurance Maladie, URPS Médecins Libéraux Occitanie, Atlas DREES 2023, ARCEP, retours d’expérience locaux (sites des départements et CPTS concernés).

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