15 février 2026

CPTS du Languedoc-Roussillon : des initiatives locales en action

Au cœur de la transformation des soins de ville, les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) participent à une meilleure organisation des parcours et à la coordination locale des professionnels de santé. En Languedoc-Roussillon, plusieurs CPTS se distinguent par leur dynamisme. Leur action s’appuie sur :
  • Une coordination renforcée entre médecins généralistes, spécialistes, pharmaciens, infirmiers et autres acteurs du soin de proximité.
  • Des initiatives ciblées pour l’accès à un médecin traitant, l’organisation des soins non programmés, la prévention et la gestion des crises sanitaires comme la COVID-19.
  • Des projets territoriaux concrets stimulant l’innovation et l’engagement collectif, adaptés aux réalités démographiques et géographiques régionales.
  • L’inclusion des patients et des partenaires institutionnels dans les démarches de santé publique locale.
Cette dynamique, bien réelle dans les territoires du Gard, de l’Hérault, de l’Aude, des Pyrénées-Orientales et de la Lozère, offre un aperçu des nouveaux modèles de collaboration au service d’une médecine de proximité modernisée.

Les CPTS : repères et enjeux dans le Languedoc-Roussillon

Instituées par la loi de modernisation de notre système de santé (2016) et structurées avec l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI) de 2019, les CPTS visent à regrouper, sur un territoire défini, des professionnels libéraux, en lien avec les acteurs du médico-social, social et hospitalier (source : Ministère de la Santé, fiche officielle). Leur cœur de mission repose sur trois axes prioritaires :

  • L’amélioration de l’accès aux soins (médecin traitant, urgences, soins non programmés).
  • L’organisation de parcours coordonnés pour les patients, notamment ceux en situation de fragilité.
  • La prévention, la gestion des crises sanitaires et l’engagement en santé publique.

En Languedoc-Roussillon, cette dynamique s’incarne dans une grande diversité de territoires : zones rurales isolées, littoral, villes moyennes et périurbain. Les enjeux sont souvent liés à la désertification médicale, l’attractivité pour de jeunes praticiens et la nécessité de construire des réponses innovantes et adaptées.

Exemples de CPTS engagées et leurs actions structurantes

CPTS Grand Montpellier : coordination métropolitaine et accès aux soins non programmés

Le bassin montpelliérain connaît une pression continue sur l’accès aux soins de ville, du fait d’une croissance démographique rapide et d’un afflux de population saisonnière. La CPTS Grand Montpellier (créée en 2019) est aujourd’hui l’une des plus structurées de la région, regroupant plusieurs centaines de professionnels sur 31 communes. Elle s’illustre sur plusieurs axes :

  • L’ouverture d’une plateforme dédiée à la prise de rendez-vous pour les soins non programmés, en lien avec le Service d’Accès aux Soins (SAS) initié par l’ARS Occitanie.
  • Le repérage et l’accompagnement des personnes sans médecin traitant : lors de la phase pilote en 2022-2023, plus de 1500 patients ont pu être réorientés vers un médecin référent (source : CPTS Grand Montpellier, rapport d’activités 2023).
  • Des campagnes de prévention sur le diabète et la vaccination (COVID-19, grippe), organisées en lien avec les officines et structures paramédicales.
  • Des groupes de travail pluriprofessionnels pour fluidifier la communication autour de situations complexes (patients âgés, précarité, hospitalisations à domicile).

La mutualisation des outils numériques (agenda partagé, messagerie sécurisée) a permis de réduire les tensions sur les consultations d’urgence, tout en favorisant le dialogue avec les hôpitaux et les collectivités locales. Le retour d’expérience de cette CPTS métropolitaine montre l’importance d’une animation territoriale soutenue et d’une forte adhésion interprofessionnelle.

CPTS du Biterrois : réponse à la désertification et attractivité médicale

À Béziers et dans son arrière-pays, la CPTS du Biterrois se bat contre la désertification médicale en fédérant une quarantaine de cabinets, spécialistes et structures paramédicales. Les problématiques diffèrent ici : population vieillissante, difficultés d’accès pour les zones rurales, précarité accrue dans certains quartiers.

  • Mise en place d’un dispositif d’accueil pour les nouveaux médecins avec “parrainage” par un binôme expérimenté. Ce système a favorisé l’installation de 8 jeunes médecins entre 2021 et 2023 (source : CPAM Hérault, chiffres publiés 2023).
  • Organisation de “journées santé itinérantes” en milieu rural, axées sur la prévention cardiovasculaire, le dépistage du diabète et l’éducation thérapeutique, en lien avec les associations locales.
  • Sensibilisation autour des violences intrafamiliales et prise en charge des femmes en situation de précarité, avec la contribution de travailleurs sociaux et médecins généralistes référents.

L’implication de praticiens jeunes installés dans la gouvernance de la CPTS apporte un dynamisme nouveau. Un point d’attention : le soutien financier et logistique reste une préoccupation, surtout pour les déplacements en milieu rural.

CPTS du Haut-Gard Cévennes : coordination en territoire montagneux et soins de proximité

La CPTS du Haut-Gard Cévennes couvre les vallées cévenoles, territoire de moyenne montagne où l’éloignement géographique complique la couverture médicale. Ici, la CPTS a développé des solutions adaptées :

  1. Création d’un réseau d’astreinte pour les soins non programmés, impliquant généralistes, infirmiers et pharmaciens sur le secteur de Saint-Jean-du-Gard à Alès.
  2. Actions de prévention auprès des populations isolées, en partenariat avec les élus locaux et les associations d’usagers (dépistage mobile, ateliers seniors).
  3. Déploiement d’une “cellule de crise” pendant la pandémie COVID-19, facilitant la distribution des équipements de protection et la prise en charge des tests et vaccinations.

La forte concertation entre professionnels et la mobilisation citoyenne lors des crises sanitaires ont permis d’éviter la rupture de soins. L’exemple du Haut-Gard souligne l’importance du maillage local, de l’autonomie d’action, mais aussi la difficulté à pérenniser l’engagement bénévole des professionnels.

CPTS Littoral Audois : prévention et gestion de l’afflux saisonnier

Sur un territoire côtier marqué par le tourisme (Narbonne, Gruissan, Leucate), la CPTS Littoral Audois s’est focalisée sur l’anticipation des pics estivaux :

  • Réalisation annuelle d’un plan “surmortalité canicule et COVID-19”, avec mobilisation rapide des professionnels selon l’évolution des flux démographiques.
  • Mise en place d’équipes mobiles et renforcement des permanences sur le littoral, facilitant la prise en charge rapide lors de la saison touristique.
  • Information active auprès de la population et des professionnels sur les plans de vigilance sanitaire, contribuant à la gestion plus fluide des urgences.

Cette CPTS illustre la capacité d’adaptation rapide du travail de coordination, confrontée de manière saisonnière à des besoins médico-sociaux fluctuants.

D’autres exemples en Languedoc-Roussillon : diversité et influences locales

  • CPTS Grand Narbonne : forte coopération entre secteur libéral et hôpitaux, pilotage du “sas pédiatrie” avec protocole de téléexpertise, prise en charge des pathologies de l’enfant en dehors des urgences traditionnelles.
  • CPTS Sud-Lozère : territoire rural d’environ 20 000 habitants ; accent mis sur le dépistage, le maintien à domicile des personnes âgées et l’interface entre médecine libérale et centres de santé publics.
  • CPTS Vallée du Tech (Pyrénées-Orientales) : projet pilote sur le parcours fragilité, articulation étroite entre généralistes, kinés et structures d’aide à domicile pour prévenir la perte d’autonomie.
  • CPTS de Sète Bassin de Thau : développement d’un service de télémédecine en lien avec le CHU de Montpellier, protocoles partagés pour la gestion des pathologies respiratoires.

La diversité des actions traduit l’ancrage territorial de chaque CPTS, qui adapte sa gouvernance et ses priorités aux besoins spécifiques de ses habitants—urbanisation, précarité, saisonnalité, démographie… L’investissement des professionnels repose aussi sur la reconnaissance de la plus-value collective et sur la volonté de trouver des solutions adaptées à la réalité du terrain.

Enjeux, leviers et perspectives régionales

Au fil de leur déploiement, les CPTS du Languedoc-Roussillon démontrent que l’innovation en santé vient souvent d’initiatives pragmatiques, pensées et portées localement :

  • Coopération interprofessionnelle : le décloisonnement entre médecins, paramédicaux et pharmaciens, socle de toute CPTS, encourage la résolution rapide des problématiques patients et l’entraide au quotidien.
  • Souplesse de gestion : la capacité des CPTS à identifier et répondre à des problématiques “micro-territoriales” (médecin traitant, permanences, éducation thérapeutique) favorise l’engagement et la responsabilisation.
  • Difficultés récurrentes : soutiens institutionnels parfois fluctuants, complexités administratives, financement limité pour l’animation et les projets transversaux.
  • Effets positifs : sentiment d’appartenance, dynamisation des territoires, revalorisation de la médecine libérale qui retrouve une visibilité locale auprès des citoyens, élus et partenaires.

Par la multiplication des expériences réussies, les CPTS actives du Languedoc-Roussillon contribuent à transformer l’organisation des soins de ville selon une logique de proximité, d’innovation partagée et de responsabilité populationnelle. Ce sont désormais les forces du collectif et la volonté d’expérimenter qui façonnent la santé de demain dans nos territoires.

Sources principales : rapport URPS Occitanie 2023, ARS Occitanie “Répertoire des CPTS en région”, sites officiels des CPTS citées, CNAM, Drees.

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