6 février 2026

Comprendre les financements des CPTS pour les médecins libéraux en Languedoc-Roussillon

Dans le contexte de transformation du système de santé et de renforcement des soins de proximité, les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) se développent partout en France, et particulièrement en Languedoc-Roussillon. Plusieurs dispositifs de financement sont aujourd’hui ouverts pour soutenir leur structuration et leurs projets, dans le cadre de l’exercice libéral. Le paysage de ces financements se structure ainsi autour des points majeurs ci-dessous :
  • Les forfaits nationaux dédiés à la coordination des CPTS, contractualisés avec l’Assurance Maladie, dont le montant varie selon la taille de la population couverte et le niveau d’avancement des missions.
  • L’accompagnement financier de l’Agence Régionale de Santé (ARS) Occitanie, mobilisable via des appels à projets régionaux pour le démarrage ou le développement des CPTS.
  • Les soutiens indirects : Fonds d’intervention régionaux (FIR), financement des maisons de santé, et dispositifs complémentaires pour l’innovation territoriale.
  • La possibilité de financements locaux, municipaux ou intercommunaux, pour l’ingénierie de projet, la formation, ou l’appui logistique en lien avec les acteurs locaux.
  • Un cadre d’attribution exigeant la formalisation de la gouvernance, le respect des missions socles, et l’évaluation régulière des actions menées.
Ces caractéristiques s’articulent dans une dynamique régionale forte aujourd’hui, marquée par des enjeux particuliers en Languedoc-Roussillon, où chaque territoire développe des solutions sur-mesure pour garantir une offre de soins de qualité et de proximité.

1. Les CPTS : de quoi s’agit-il et quel intérêt pour la médecine libérale ?

Les CPTS sont nées des lois de modernisation du système de santé pour favoriser la coordination des acteurs libéraux, améliorer l’accès aux soins, organiser la réponse aux crises sanitaires, et développer la prévention populationnelle. Concrètement, il s’agit de regroupements volontaires, à l’échelle d’un territoire cohérent, de acteurs (médecins généralistes et spécialistes libéraux, pharmaciens, infirmiers, kinésithérapeutes, etc.) engagés autour de missions socles :

  • Accès aux soins (notamment au médecin traitant, soins non programmés)
  • Organisation de parcours pluridisciplinaires
  • Actions de prévention et d’éducation en santé
  • Gestion des crises sanitaires majeures

Ce modèle, qui permet d’agir collectivement tout en préservant l’indépendance de chaque professionnel, est particulièrement pertinent en Languedoc-Roussillon où la densité médicale et les déserts médicaux varient fortement d’un territoire à l’autre (Santé Publique France). Mais il suppose du temps, de la coordination, de l’ingénierie, et un soutien financier adapté.

2. Le financement “cœur” des CPTS : le forfait national conventionné

Le principal financement structurant des CPTS, porté par la convention médicale et l’Assurance Maladie, repose sur la signature d’un “contrat de financement” entre la CPTS et la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). Ce forfait vise à soutenir la mise en œuvre des missions socles et la coordination au quotidien.

Modalités et montants du forfait national

Le montant alloué dépend de la taille de la population couverte par la CPTS, selon la dernière version de l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI) – 2023 (Ameli). À titre d’exemple :

  • Moins de 40 000 habitants : jusqu’à 65 000 €/an
  • Entre 40 000 et 80 000 habitants : jusqu’à 105 000 €/an
  • Entre 80 000 et 175 000 habitants : jusqu’à 175 000 €/an
  • Au-delà de 175 000 habitants : jusqu’à 240 000 €/an
Le financement est versé par étapes (“phases d’amorçage”, puis paiement récurrent annuel), conditionné chaque année par l’atteinte des objectifs : structuration effective, gouvernance constituée, réalisation des actions, indicateurs remplis.

Ce qu’il finance concrètement

  • Embauche de coordinateurs ou assistants de projet
  • Location ou équipement d’un local partagé
  • Achat de matériel informatique, outils numériques pour le partage d’information
  • Frais d’animation, de réunions, formations collectives
  • Défraiement des professionnels impliqués dans la vie de la CPTS

En Languedoc-Roussillon, ce socle conventionnel est le premier levier utilisé, aussi bien pour les petites CPTS rurales, comme celle du Haut-Minervois, que pour les plus vastes couvrant Montpellier ou Le Grand Narbonne.

3. Dispositifs d’appui complémentaires : le soutien de l’ARS Occitanie et du Fonds d’Intervention Régional

L’accompagnement au démarrage

L’ARS Occitanie – relais régional du ministère de la santé – propose un accompagnement financier au lancement ou à la structuration des CPTS. Ce sont des aides ponctuelles attribuées via appels à projets ou conventions spécifiques, destinées à :

  • Financer l’ingénierie de projet (études de besoin, animation de réunions initiales, assistance pour le dossier CPTS, etc.)
  • Soutenir la gouvernance, l’information des professionnels, les démarches de recrutement
  • Mettre en place des outils (site web, communication, cartographie des ressources)

Par exemple, l’ARS Occitanie a soutenu en 2021 le lancement de plusieurs CPTS en Lozère (Petite et Moyenne Lozère), avec un accompagnement qui a souvent permis de salarier un coordinateur pendant 12 à 18 mois, le temps de formaliser la gouvernance et de contractualiser avec l’Assurance Maladie (ARS Occitanie).

Le Fonds d’Intervention Régional (FIR)

Le FIR complète cette logique : il permet le soutien à l’innovation, à la prévention, ou à la réponse à des problématiques locales (ex : dispositif d’aller vers pour populations précaires, actions de dépistage, expérimentations autour de l’accès aux soins). Plusieurs CPTS en périphérie de Béziers ou du Gard ont déjà mené, via ce fonds, des projets pilotes en télé-expertise, actions de médiation en santé, ou encore campagnes de vaccination en lien avec les crises sanitaires.

4. Les financements indirects et partenariats locaux : des solutions complémentaires et sur-mesure

Au-delà des dispositifs nationaux et régionaux, nombre de CPTS en Languedoc-Roussillon s’appuient sur des financements indirects ou complémentaires issus :

  • Des collectivités locales (mairies, communauté de communes), qui peuvent soutenir la recherche de locaux, financer du petit matériel ou de l’appui logistique
  • Des appels à projets européens (FEDER, FSE), surtout pour des projets innovants sur l’e-santé ou la prévention
  • Des conventions avec des partenaires associatifs/agences (Agences Régionales de Développement, associations de patients, mutuelles locales)

À titre d’exemple, la CPTS “Plaine du Roussillon” a obtenu un financement de la communauté d’agglomération pour équiper ses professionnels de tablettes tactiles dans le cadre d’un projet de suivi coordonné des patients diabétiques. De même, la CPTS du Pays Lunellois a pu bénéficier d’un soutien pour l’organisation d’ateliers de santé publique à destination des enfants et des parents, en lien avec la municipalité.

5. Les prérequis et contraintes institutionnelles à respecter pour accéder aux financements

Bénéficier de ces différents financements suppose une organisation structurée et des démarches rigoureuses :

  • Dépôt d’un projet de santé : document détaillé fixant le périmètre, les missions, les indicateurs de suivi, la gouvernance, les partenariats, etc.
  • Statuts juridiques : souvent une association loi 1901, ouverte à tous les professionnels du territoire, permettant la transparence des flux financiers
  • Respect des missions socles et reporting régulier aux tutelles (Assurance Maladie, ARS), avec tableaux de bord et évaluations d’impact

Les écueils récurrents dans la région concernent souvent une gouvernance inachevée, un projet de santé trop flou, ou un manque d’indicateurs de suivi. Les agences régionales, en lien avec les URPS, accompagnent néanmoins les territoires pour lever ces obstacles.

6. Réalités régionales : quels montants, quel usage, quelles charges en Languedoc-Roussillon ?

Si la majorité des CPTS du Languedoc-Roussillon perçoivent aujourd’hui le forfait conventionné, les besoins restent élevés et très variables selon les territoires :

  • Les CPTS rurales (ex : secteur de la Haute Vallée de l’Aude) investissent prioritairement dans le temps de coordination, l’entraide entre cabinets, ou la gestion des soins non programmés.
  • En périurbain (ex : Narbonne, périphérie de Perpignan), l’accent est mis sur le lien hôpital–ville, les campagnes de prévention, le numérique.
  • Les CPTS de grandes villes (ex : Montpellier) développent des projets spécifiques d’organisation de la permanence des soins, d’accès aux spécialistes, ou d’innovation médicale (télé-expertise, e-learning pour jeunes médecins).

Selon les derniers chiffres de l’Agence Régionale de Santé, les montants perçus par les CPTS du Languedoc-Roussillon varient de 40 000 € à 180 000 € par an, hors ingénierie de démarrage. La masse budgétaire annuelle sert pour moitié environ à salarier un ou des coordinateurs (de 0,5 à 2 ETP selon la taille) ; le reste couvre les charges d’animation, de formation, d’équipement, et une petite part de dépenses innovantes.

À noter aussi les difficultés persistantes en 2023-2024 pour recruter des coordinateurs qualifiés dans certaines zones rurales du Gard et de la Lozère, ainsi qu’une relative complexité des procédures d’appel à projets auprès de l’ARS.

7. Perspektives : enjeux d’équité et d’efficience pour l’avenir des CPTS et de la médecine libérale régionale

La montée en puissance des CPTS en Languedoc-Roussillon accompagne une transformation profonde de l’exercice libéral : mutualisation des forces, ancrage territorial, innovation organisationnelle, et défense d’une médecine de proximité au service des patients. Les financements existent et se structurent, mais nécessitent anticipation, projet solide et engagement collectif.

Le défi, dans la région, reste celui de l’équité territoriale : garantir à toutes les CPTS, même dans les zones les plus isolées, les moyens d’exercer pleinement leurs missions, et accompagner les petites structures dans la complexité administrative des dossiers de financement. Le partage d’expériences, la mobilisation des réseaux locaux, et la veille sur les dispositifs innovants seront des leviers majeurs pour assurer cette dynamique.

Nous recommandons de consulter régulièrement les ressources régionales (URPS, ARS, Assurance Maladie, fédérations de CPTS), de tisser des liens étroits avec les partenaires locaux, et de construire pas à pas des projets dimensionnés, évalués, et adaptés aux réalités du terrain.

Pour aller plus loin :

En savoir plus à ce sujet :