20 février 2026

Collaborer, innover, soigner : plongée dans la CPTS des Hauts Cantons de l’Hérault pour les professionnels libéraux

La CPTS des Hauts Cantons de l’Hérault incarne un modèle d’organisation collective de la médecine libérale centré sur le territoire montagnard et rural du nord-est du département. Elle propose aux professionnels de santé un cadre structurant pour mieux répondre aux besoins de la population, renforcer les liens interprofessionnels et garantir l’accès aux soins. Plus qu’une coordination, elle porte une dynamique de projets concrets et s’appuie sur :
  • Un mode de gouvernance participatif, piloté par des libéraux du secteur
  • La co-construction de parcours de soins, adaptés à la spécificité démographique et épidémiologique locale
  • L’amélioration de la prise en charge des soins non programmés
  • L’organisation de la prévention et de l’éducation à la santé − du dépistage à l’action collective
  • Le développement d’outils partagés (messagerie sécurisée, annuaire, réunions pluriprofessionnelles)
  • L’inscription dans un tissu partenarial : associations, institutions, élus locaux et usagers
  • Un soutien logistique et administratif pour alléger la charge des praticiens
La CPTS propose ainsi un nouveau visage de la médecine libérale, formant un relais local solide entre proximité, innovation, expertise et engagement.

La CPTS : définition, cadre, territoire

La notion de CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé) trouve son origine dans la loi de modernisation de notre système de santé de 2016, prolongée par la stratégie Ma Santé 2022 (Ministère des solidarités et de la santé). L’objectif ? Permettre aux professionnels de santé − médecins, pharmaciens, sages-femmes, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes mais aussi acteurs sociaux − de se regrouper autour d’un projet de santé commun, structuré à l’échelle locale.

La CPTS des Hauts Cantons de l’Hérault réunit aujourd’hui environ 150 professionnels sur les secteurs de Saint-Pons-de-Thomières, Olargues, Lamalou-les-Bains, Bédarieux, Lodève et alentours, soit un bassin de vie d’environ 35 000 habitants, dont une part importante de personnes âgées, de patients atteints de maladies chroniques ou dépendants du tourisme saisonnier. Ce périmètre a été choisi en fonction des réalités géographiques et des flux de soins.

Structuration : une gouvernance collégiale et opérationnelle

Le fonctionnement de la CPTS repose sur une gouvernance localement ancrée : conseil d’administration associatif composé majoritairement de professionnels libéraux, issus tant de la médecine que des professions paramédicales. Chacun peut s’impliquer : généralistes, spécialistes, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes, composent le bureau et les commissions thématiques. Des réunions plénières, ouvertes à l’ensemble des membres, se tiennent régulièrement pour valider les priorités du projet de santé, partager les retours de terrain et débattre des perspectives régionales et nationales.

  • Présidence tournante ou co-présidence médecins-infirmiers, garantissant une représentation équilibrée
  • Commissions dédiées : soins non programmés, prévention, communication et systèmes d’information
  • Appui administratif : coordinateur/rice salarié(e), chargé(e) de mission au pilotage des projets
  • Transparence : comptes-rendus publics, communication via newsletters et réunions de secteur

L’appartenance à la CPTS est volontaire − il n’existe pas d’obligation réglementaire, mais l’adhésion au projet de santé et la volonté de coopérer sont des critères clefs. Plusieurs dizaines de médecins des vallées et plateaux, jeunes installés ou praticiens proches de la retraite, participent activement selon leur emploi du temps et leurs centres d’intérêt.

Missions opérationnelles : priorité à la réalité du terrain

Le socle des missions d’une CPTS est défini par les accords conventionnels avec l’Assurance Maladie. Mais, dans les Hauts Cantons, les priorités s’adaptent au tissu local :

  1. Faciliter l’accès à un médecin traitant
    • Mise en place d’un guichet unique pour trouver rapidement un médecin traitant ou un professionnel répondant en cas d’absence ou de désert médical ponctuel.
    • Appui à l’installation, mentorat des jeunes médecins et communication auprès des nouveaux arrivants.
  2. Organisation des soins non programmés
    • Mise en réseau des gardes, protocoles communs pour l’accueil sans rendez-vous, coordination avec la médecine d’urgence et le centre 15.
    • Intégration progressive du recours à la téléconsultation pour pallier les indisponibilités ponctuelles.
  3. Coordination des parcours patients complexes
    • Mise en relation avec les assistantes sociales, SSIAD, coordinations gérontologiques (CLIC), dispositifs APA, HAD.
    • Réunions pluri-professionnelles régulières pour les prises en charge à domicile, liaison avec la filière hospitalière de Béziers ou Montpellier.
  4. Développement de la prévention et promotion de la santé
    • Actions scolaires (vaccination, prévention des addictions), campagnes de dépistage (cancer colorectal, diabète), organisation des forums santé locaux.
    • Projets saisonniers (canicule, grippe), interventions dans les EHPAD ou maisons de retraite.
  5. Information, outils, appui
    • Création d’un annuaire de garde mutualisé, outils numériques de messagerie sécurisée (MSSanté)
    • Soutien logistique pour les démarches administratives complexes (PMSI, accueil de stagiaires, certifications qualité).

Depuis 2021, la CPTS des Hauts Cantons met l’accent sur la prévention du renoncement aux soins (soutien à la mobilité, partenariat avec les communes isolées), l’éducation thérapeutique et l’anticipation des situations de crise sanitaire (COVID-19, épisodes de canicule).

Les bénéfices concrets pour les professionnels libéraux

L’un des apports majeurs de la CPTS réside dans le fait de sortir de l’isolement professionnel. L’échange d’informations, la mutualisation des réponses d’urgence et la possibilité d’être entendu lors de négociations avec les pouvoirs publics constituent des avancées significatives.

  • Réduction du sentiment de solitude : réunions mensuelles, échanges réguliers, sentiment d’appartenance à une communauté territoriale.
  • Prise en charge fluide des soins non programmés : protocoles communs, répartition équitable de la charge de travail, davantage de sécurité pour les praticiens.
  • Transmission facilitée : accueil de remplaçants, jeunes installés informés sur l’organisation locale, réseau de “parrains” mentors.
  • Valorisation des initiatives : co-construction de nouveaux projets (médecine scolaire, transport sanitaire partagé, ateliers prévention diabète), prise en compte des spécificités locales lors des contractualisations avec l’ARS et l’Assurance maladie.
  • Reconnaissance institutionnelle : participation aux événements locaux, soutien des collectivités pour l’équipement ou la modernisation de cabinets, échanges facilités avec les élus.

Chaque professionnel peut moduler son implication. Certains sont membres du bureau, d’autres participent ponctuellement à une action de prévention ou de dépistage lors des rendez-vous territoriaux (par exemple, la Journée Santé en Haut-Languedoc).

Une dynamique partenariale spécifique au territoire

L’un des intérêts essentiels de la CPTS des Hauts Cantons réside dans son tissage renforcé avec les autres acteurs locaux :

  • Associations d’usagers : participation à l’élaboration des actions de prévention et identification des besoins “hors soins”.
  • Collectivités : soutien logistique, subventions, mise à disposition de locaux pour des actions communes (ex : vaccination, informations nutrition santé, ateliers seniors).
  • Établissements de santé : conventionnements avec le CH de Béziers ou le CHU de Montpellier, participation à la fluidification des sorties hospitalières complexes.
  • Structures sociales : liens renforcés avec les CCAS et les intervenants sociaux locaux pour traiter les situations de précarité ou de vulnérabilité.

La mutualisation des moyens est aussi une réponse concrète aux contraintes de temps, de moyens et d’énergie des praticiens en secteur rural.

Jeunes installés, nouveaux modèles : la CPTS comme moteur d’attractivité

Dans un territoire encore fragile du point de vue de l’accès aux soins, la CPTS joue un rôle de “passeur” :

  • Communication directe auprès des internes et remplaçants de passage, qui peuvent découvrir, lors de stages ou d'exercices ponctuels, une offre professionnelle structurée et animée collectivement.
  • Participation à l’accueil des nouveaux installés (“Journée d’accueil”), présentation de la dynamique locale lors des journées portes ouvertes en faculté ou rencontres Union régionale des professionnels de santé (URPS).
  • Accompagnement à la primo-installation : localisation des locaux, aides administratives, appui logistique pour les recrutements paramédicaux.

La CPTS s’inscrit dans un réseau régional (URPS Médecins, ARS Occitanie) avec lequel elle partage des retours d’expérience et défend la prise en compte des particularités du territoire dans la gestion de l’offre de soins régionale.

Limites, défis, perspectives dans les Hauts Cantons

Si la CPTS représente un indéniable progrès, plusieurs enjeux restent à relever pour pérenniser et enrichir son action :

  • Participation fluctuante : le poids de la charge clinique freine parfois la disponibilité des praticiens, tout particulièrement dans les périodes sous tension.
  • Continuité du financement : la stabilité des dotations dépend d’une contractualisation serrée avec l’ARS Occitanie. L’élargissement des missions requiert de nouveaux appuis et réflexions sur des modèles hybrides.
  • Modernisation numérique : l’interopérabilité des logiciels, la formation aux outils numériques et la sécurisation des données réclament encore des efforts.
  • Intégration accrue du secteur social : l’élargissement aux travailleurs sociaux, psychologues, ergothérapeutes, favorise le décloisonnement mais implique des adaptations organisationnelles permanentes.

Néanmoins, les premiers bilans sont encourageants : le recours aux soins non programmés a augmenté de 15 % en deux ans (ameli.fr), et le taux d’installation des nouveaux généralistes demeure au-dessus de la moyenne départementale sur le territoire de la CPTS.

Perspectives : une dynamique régionale en pleine mutation

Les Hauts Cantons de l’Hérault illustrent une tendance régionale plus large : les CPTS sont appelées à devenir le socle organisationnel de la médecine de proximité, en articulation étroite avec les dispositifs régionaux d’appui à la coordination (DAC), les Hôpitaux de proximité et les collectivités territoriales. Pour rester attractives et efficaces, leur fonctionnement devra demeurer souple, pragmatique et ancré dans la réalité quotidienne des professionnels comme des patients. C’est à cette seule condition qu’elles pourront constituer un véritable outil de modernisation, au service d’un accès juste et durable à une médecine libérale de qualité dans notre région.

Sources :

  • Ministère des Solidarités et de la Santé, Ma Santé 2022
  • ameli.fr, démarches et organisation CPTS dans l’Hérault
  • URPS Médecins Libéraux Occitanie, retours d’expérience régionaux
  • CPTS des Hauts Cantons de l’Hérault, rapports annuels

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