29 janvier 2026

Créer une CPTS solide en Languedoc-Roussillon : quels partenaires associer pour durer ?

La création d'une Communauté Professionnelle Territoriale de Santé (CPTS) en Languedoc-Roussillon repose avant tout sur la qualité et la densité des partenariats tissés entre acteurs du territoire. Pour garantir leur viabilité, les CPTS doivent :
  • Intégrer les médecins libéraux et professionnels de santé (paramédicaux, pharmaciens, biologistes...)
  • Associer les établissements de soins (cliniques privées, centres hospitaliers)
  • Impliquer les professionnels du médico-social, du social et les collectivités locales
  • Consolider des liens opérationnels avec l’Assurance Maladie, l’ARS Occitanie et les dispositifs d’appui locaux
  • S’appuyer sur des retours d’expérience régionaux et la dynamique collaborative propre au Languedoc-Roussillon
  • Anticiper les freins culturels, organisationnels et économiques spécifiques à la région
Ces éléments conditionnent le succès de l’action des CPTS en matière de coordination, de prévention et d’organisation de parcours de soins répondant réellement aux besoins de la population.

Introduction : Une réponse concertée aux défis de santé en Languedoc-Roussillon

Le concept de Communauté Professionnelle Territoriale de Santé (CPTS) est né d’une nécessité : tisser des liens durables entre l’ensemble des acteurs de santé d’un territoire pour organiser une réponse cohérente aux besoins de santé de la population. Dans une région comme le Languedoc-Roussillon – caractérisée par ses contrastes démographiques, ses inégalités d’accès aux soins et la ruralité de nombreux bassins de vie – la réussite d’une CPTS ne tient pas à la mobilisation d’une catégorie isolée de professionnels, mais bien à leur capacité à bâtir ensemble une dynamique partenariale ancrée dans le réel.

Quels acteurs doivent impérativement être associés pour garantir la viabilité d’une CPTS en Languedoc-Roussillon ? Quels partenariats sont déjà à l’œuvre ? Quels freins faut-il lever ? Ce panorama, croisant expériences de terrain et réalités régionales, souhaite donner des clés concrètes aux porteurs de projet et aux collègues libéraux qui s’interrogent.

Le trio de base : professionnels de santé libéraux, paramédicaux et pharmaciens

Au cœur de toute CPTS, on retrouve l’alliance structurante entre médecins libéraux, paramédicaux (infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, etc.) et pharmaciens d’officine. Leur maillage dense – de la métropole montpelliéraine à la Haute Vallée de l’Aude – est le premier socle pour :

  • S’assurer d’une vision partagée des besoins de la population ;
  • Mettre en commun les ressources et les initiatives de santé publique (actions de vaccination, prévention du diabète, dépistage des cancers...)
  • Organiser en commun la réponse aux soins non programmés, l’accès aux soins pour les plus isolés et la continuité des soins lors des vacances.

La constitution de groupes locaux de travail permet de dépasser le cloisonnement traditionnel des professions. À l’image, par exemple, des réunions de coordination entre professionnels sur le territoire du Grand Narbonne, qui ont permis la création d’équipes de soins primaires agiles et la structuration efficace de parcours pluriprofessionnels (source : URPS Médecins Occitanie).

Les établissements de soins : pivots du lien ville-hôpital

L’articulation entre ville et hôpital reste un défi central. Les établissements publics (CHU de Montpellier, Carcassonne, Béziers, etc.) et privés (cliniques mutualistes, réseaux de soins) jouent un rôle de courroie de transmission entre médecine de ville et filières spécialisées. Pour une CPTS du Languedoc-Roussillon, l’installation de canaux de communication fluides avec les référents hospitaliers permet de :

  • Sécuriser les sorties d’hospitalisation (protocoles de retour à domicile, contacts dédiés…)
  • Faciliter l’accès aux consultations avancées de spécialistes dans les territoires sous-dotés (l’Est Hérault, les Hauts-Cantons…) ;
  • Mettre en place des solutions concrètes pour faciliter la prise en charge des urgences non vitales hors hospitalisation.

Des innovations comme la télémédecine, expérimentées dans les zones de montagne de Lozère en lien avec les équipes hospitalières d’Alès et de Mende, illustrent ces partenariats dynamiques (source : ARS Occitanie, 2023).

Le secteur médico-social et social : l’indispensable transversalité

Agir efficacement sur les déterminants de santé impose d’associer les acteurs du médico-social (EHPAD, services de soins à domicile, foyers pour personnes en situation de handicap) et du social (services sociaux, CCAS, associations d’aide alimentaire ou domiciliaire). Plusieurs défis requièrent un engagement coordonné :

  • Vieillissement accéléré de la population, notamment dans l’arrière-pays (ex : Cévennes, Vallespir) ;
  • Difficultés d’accès aux droits ou à la prévention dans les quartiers prioritaires urbains (ex : quartiers de Perpignan, Sète…) ;
  • Gestion quotidienne de la précarité et repérage précoce des situations complexes.

Les plateformes territoriales d’appui (PTA) et les MAIA (Méthode d’Action pour l’Intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’Autonomie) ont souvent structuré, en Languedoc-Roussillon, un processus d’interconnaissance concret qui facilite l’action commune (exemple sur le territoire du Gard, source : Fédération nationale des PTA).

Les collectivités locales : force motrice et facilitatrice

Les élus locaux, qu’ils soient maires, présidents d’intercommunalité ou représentants de département, sont des relais essentiels pour l’ancrage territorial d’une CPTS. Leur implication s’avère décisive pour :

  • Valoriser les initiatives sur le terrain (appui logistique, mise à disposition de locaux, communication locale…) ;
  • Soutenir les démarches d’installation de professionnels dans les zones en tension ;
  • Piloter des actions de prévention ou d’éducation à la santé ciblées (ex : campagnes contre les addictions, dépistage itinérant, forums santé…)

L’exemple des communes de la communauté d’agglomération Nîmes Métropole, qui accompagne la CPTS locale dans des ateliers « santé et bien-être » ouverts à tous, illustre le potentiel de ces partenariats.

L’Assurance Maladie, l’ARS et les dispositifs d’appui : des partenaires institutionnels clés

La viabilité économique et administrative des CPTS dépend d’un dialogue régulier avec :

  • L’Assurance Maladie (CPAM, missions d’appui aux CPTS, financement FIR – Fonds d’Intervention Régional)
  • L’ARS Occitanie (accompagnement de projets, validation des contrats CPTS, évaluation des indicateurs de santé territoriaux)
  • Les dispositifs d’appui à la coordination de soins, tels que les PTA, DAC (Dispositif d’Appui à la Coordination), MAIA, etc.

Dans le Languedoc-Roussillon, la Direction Territoriale de l’ARS Gard-Hérault a mis en place un accompagnement spécifique lors des phases de diagnostic territorial et de constitution des dossiers de financement, favorisant le démarrage rapide des CPTS structurées (source : ARS Occitanie, Plan régional de santé). L’inscription des CPTS dans les dispositifs existants renforce leur efficacité et leur durabilité.

Patients et usagers : partenaires et vigies du territoire

Trop souvent relégués au rôle de bénéficiaires, les patients – via les conseils citoyens de santé, associations de malades, collectifs d’usagers – constituent un levier de légitimité et d’innovation. Leur participation permet :

  • D’orienter les priorités de la CPTS sur de vrais besoins vécus
  • D’adapter la communication et l’accès aux actions de prévention pour tous (langue, culture, précarité numérique...)
  • D’expérimenter de nouvelles formes de parcours coordonnés (ex : patient partenaire, pair-aidance, ateliers santé intégratifs)

La région compte des initiatives intéressantes, comme la co-construction d’ateliers d’éducation thérapeutique avec des associations de patients diabétiques en Biterrois ou la promotion de la santé en milieu rural via des maisons de santé pluriprofessionnelles.

Quels freins à lever pour des partenariats efficaces en Languedoc-Roussillon ?

Même si la dynamique des CPTS suscite un fort enthousiasme, plusieurs obstacles persistent :

  • Culture du cloisonnement : héritée d’années de travail en silo, elle freine encore dans certaines zones le “réflexe collectif”.
  • Freins réglementaires et économiques : Les règles de financement restent parfois floues ou difficiles à mobiliser rapidement, en particulier dans les territoires ruraux.
  • Hétérogénéité du territoire : L’éparpillement des acteurs et la diversité des attentes, du littoral à la montagne, peuvent complexifier la mise en réseau et l’identification d’objectifs communs.
  • Difficultés de mobilisation : Trouver des relais locaux motivés et disponibles (notamment chez les jeunes médecins) implique souvent de repenser les modes de gouvernance : collégialité vraie, temps de coordination financé, valorisation de l’engagement local.

Malgré tout, l’expertise acquise dans la région à travers le mouvement des maisons de santé, la création de structures de coordination (ex : Réseau Répons, Territoires de santé numérique) et la mobilisation associative laissent entrevoir un potentiel partenarial unique.

S’appuyer sur les retours d’expérience régionaux pour bâtir une CPTS pérenne

Les premières CPTS opérationnelles du Languedoc-Roussillon ouvrent la voie à des modèles de gouvernance adaptables :

  • Sur la Côte Vermeille, le développement du “portail santé” entre médecins, pharmaciens et réseaux associatifs a facilité le repérage des situations à risque et l’organisation rapide de prises en charge multidisciplinaires.
  • Dans le Minervois, l’ancrage auprès des mairies a permis de lever des obstacles logistiques et d’installer la confiance entre professionnels, élus et citoyens.
  • À Montpellier, la CPTS capitalise sur les outils numériques de coordination pour fluidifier le lien entre ville, hôpital et secteur médico-social.
Ces expériences soulignent l’enjeu d’un pilotage local fort, souple et évolutif, capable d’impliquer a minima :
  • Un “noyau dur” de référents médicaux, infirmiers, pharmaceutiques et associatifs ;
  • Des relais pérennes avec le sanitaire, le médico-social, la collectivité et les usagers ;
  • L’appui du cadre réglementaire et financier régional pour garantir la stabilité du projet (cf. feuille de route ARS Occitanie 2022-2027).

Conclusion : L’alliage régional, un levier pour la médecine libérale du futur

Le défi majeur des CPTS en Languedoc-Roussillon ne se limite pas à la juxtaposition d’acteurs, mais repose sur leur capacité à “faire équipe” à l’échelle du territoire. Dans une région où les besoins évoluent vite – démographie médicale, précarités, vieillissement, innovation – il s’agit de construire un socle partenarial robuste en s’appuyant sur la culture de la proximité et de l’expérimentation qui fait la richesse du Languedoc-Roussillon.

La diversité des partenariats cités ne doit jamais occulter la nécessité d’un pilotage local, impliqué, et la co-construction avec l’ensemble des parties prenantes. Ce pari du collectif est, à nos yeux, le meilleur gage de pérennité pour une médecine libérale régionale porteuse de sens et accessible à tous.

Pour aller plus loin :

  • ARS Occitanie – Dossier “CPTS et coordination locale” : Lien
  • URPS Médecins Occitanie – Guide CPTS : Lien
  • Fédération des PTA : Lien
  • Rapport IGAS sur la structuration territoriale de l’offre de soins, 2022.

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