1 septembre 2025

Qui sont les médecins libéraux en exercice en Languedoc-Roussillon en 2024 ?

Un territoire vaste, des réalités multiples

Le Languedoc-Roussillon, désormais intégré à l’Occitanie administrative mais toujours porteur d’une identité médicale forte, regroupe cinq départements : l’Hérault, le Gard, l’Aude, les Pyrénées-Orientales et la Lozère. Entre métropoles dynamiques, zones périurbaines en pleine expansion et déserts médicaux ruraux, l’organisation de la médecine libérale y est particulièrement hétérogène. Selon l’Observatoire Régional de la Santé Occitanie, la région comptait, en début 2024, un peu plus de 5 650 médecins libéraux installés en activité régulière sur l’ancien périmètre Languedoc-Roussillon, toutes spécialités confondues (ORS Occitanie, 2024).

  • L’Hérault concentre près de 40% de ces effectifs, sous l’effet de l’attractivité de Montpellier et du littoral.
  • La Lozère, à l’inverse, demeure structurellement déficitaire en effectifs, avec moins de 100 médecins libéraux pour près de 80 000 habitants.

Des profils en mutation : âge, genre, spécialités

Un vieillissement marqué des effectifs

Le vieillissement du corps médical libéral est une réalité bien installée. Les chiffres de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et des Ordres départementaux montrent que :

  • L’âge moyen des médecins libéraux en Languedoc-Roussillon est désormais de 53,5 ans, contre 48,2 ans en France métropolitaine.
  • Plus de 40% des médecins libéraux en activité dans la région ont 60 ans ou plus, un taux supérieur à la moyenne nationale (36%).
  • L’arrivée de "jeunes installés" demeure insuffisante pour compenser les nombreux départs à la retraite annoncés à l’horizon 2030.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation : poids de la démographie historique des praticiens, moindre attractivité relative des zones rurales et difficultés d’accès à l’installation pour les jeunes médecins.

Féminisation accélérée

La part des femmes parmi les médecins libéraux progresse vite. D’après les données de l’ARS Occitanie :

  • 46% des médecins libéraux en Languedoc-Roussillon sont des femmes en 2024 (vs 39% en 2016).
  • Le secteur de la médecine générale accueille désormais 52% de femmes parmi les praticiens de moins de 40 ans.
  • En revanche, certaines spécialités (chirurgie, radiologie) restent majoritairement masculines.

Ce mouvement s’observe partout en France mais se trouve un peu plus avancé dans la région, où la féminisation s'accompagne souvent de choix d’exercice "mixte" (temps partiel, exercice partagé entre cabinet, centre de santé et activité salariée ponctuelle).

Une mosaïque de spécialités, mais la prédominance de la médecine générale

La médecine générale reste le pilier du soin libéral régional, mais la diversité des spécialités s’accroît :

  • 57% des médecins libéraux de l’ex-Languedoc-Roussillon sont généralistes (contre 50,5% au national).
  • Parmi les spécialistes, les psychiatres, ophtalmologistes, cardiologues et gynécologues sont les plus représentés.
  • Certaines disciplines comme la pédiatrie, la dermatologie ou la gynécologie médicale sont en tension avec des densités nettement inférieures à la moyenne française, en particulier dans le Gard et l’Aude (Données CNOM, 2023).

À noter enfin une surreprésentation régionale des médecins à exercice mixte (alliant activité libérale et hospitalière), notamment à Montpellier et Perpignan.

S'adapter face aux nouveaux enjeux : organisation et pratiques

Mutualisation, exercice coordonné et dynamique territoriale

Le profil du médecin isolé, seul dans son cabinet, cède du terrain au profit de dynamiques collectives.

  • En 2024, près d’un tiers des médecins libéraux de la région exercent en maison ou centre de santé pluriprofessionnel (CPAM 34).
  • La création de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) progresse : au total, plus de 20 sont labellisées sur l’ex-région, couvrant déjà 80% de la population.
  • L’exercice à plusieurs (sociétés, cabinets de groupe, partages de secrétariat ou d’infrastructures) tend à devenir la norme chez les médecins libéraux de moins de 50 ans.

Cette transformation répond non seulement à des impératifs de qualité de vie professionnelle, mais aussi à la nécessité d’assurer une prise en charge globale et coordonnée, surtout dans les zones sous-dotées. L’enjeu de l’attractivité territoriale est d’autant plus crucial que les jeunes médecins recherchent des environnements porteurs de collectifs.

Télémédecine et numérique : un tournant (encore) progressif

L’innovation numérique continue de bousculer les pratiques, même si la pénétration de la télémédecine reste encore inégale selon les territoires :

  • Environ 58% des médecins libéraux déclarent avoir déjà eu recours à la téléconsultation en région Languedoc-Roussillon, mais moins d’un sur quatre l’utilise régulièrement (CPAM Hérault, 2023).
  • C’est dans les zones rurales, parfois en tension, que cet outil connaît la dynamique la plus forte, notamment pour l’accès aux soins non programmés et le suivi des patients chroniques.
  • L’intégration de plateformes de coordination informatisées est en progression dans la plupart des maisons de santé de la région.

Regards croisés : vécus et attentes des médecins libéraux sur le terrain

Plusieurs témoignages recueillis dans le cadre de rencontres au sein des URPS, maisons de santé ou cabinets individuels, permettent de saisir la diversité des trajectoires et des attentes des médecins libéraux :

  • À Montpellier et Nîmes, de jeunes généralistes insistent sur l’importance du réseau de soins et de l’accompagnement à l’installation pour éviter l’isolement et favoriser l’accueil des nouveaux arrivants.
  • Dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, des praticiens expérimentés regrettent la raréfaction de certaines spécialités et le sentiment de surcharge lié à la croissance des demandes non programmées.
  • En Lozère, le lien avec les autres professionnels de santé (pharmaciens, infirmiers, kinésithérapeutes) fait figure de bouée de sauvetage pour des médecins qui cumulent activité clinique, prévention et coordination territoriale.

Dans l’ensemble, plusieurs points majeurs émergent :

  1. La volonté de conserver une autonomie dans leurs choix d’exercice.
  2. Le besoin de repenser l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle.
  3. La recherche de solutions pérennes pour la succession et l’installation des jeunes praticiens, particulièrement dans les zones rurales.
  4. Une attente forte vis-à-vis des institutions, pour soutenir une médecine de proximité et accompagner les évolutions numériques et organisationnelles.

Paradoxalement, les défis nombreux de la médecine libérale en Languedoc-Roussillon nourrissent aussi un attachement profond au mode d’exercice, à la liberté de prescription et au rôle de pivot dans la santé des territoires.

Quelle évolution pour la démographie médicale régionale ?

La région fait face à une "transition démographique" rapide :

  • On estime qu’environ 1 700 médecins libéraux partiront à la retraite d’ici 2030 sur la seule aire Languedoc-Roussillon (URPS Médecins Libéraux Occitanie).
  • Le renouvellement des effectifs se heurte à l’insuffisance de médecins formés à l’université de Montpellier (environ 400 nouveaux diplômés/an, dont seule une minorité s’oriente vers l’installation libérale directe).
  • L’attractivité des zones "en tension" (Lozère, ouest de l’Aude, certains territoires du Gard) demeure un défi majeur, malgré la multiplication des contrats d’aide à l’installation et des dispositifs incitatifs départementaux.
  • Les mobilités au sein de la région se complexifient, avec des médecins qui privilégient les bassins attractifs (Montpellier, Perpignan, littoral) au détriment des zones intérieures.

La projection élaborée par l’ARS Occitanie table sur une baisse globale de 15 à 20% des effectifs médicaux libéraux dans certains territoires du Languedoc d’ici 2030, sauf réorientation majeure et relever de nouveaux défis d’installation.

Pistes et tendances : le visage de la médecine libérale de demain en Languedoc-Roussillon

  • Vers la diversification des modes d’exercice : installation directe en cabinet individuel, exercice regroupé, pluridisciplinaire, vacations hospitalières, salariat partiel… Les trajectoires s’individualisent, notamment pour les jeunes générations.
  • Un engagement territorial repensé  : implication dans les CPTS, participation à la permanence des soins, développement de nouveaux rôles (coordonnateur, référent prévention).
  • Une féminisation confirmée : elle imprime une nouvelle culture organisationnelle, incitant à repenser l’intégration, le temps partiel et les parcours professionnels mixtes.
  • L’essor du numérique : il est amené à transformer les pratiques (téléconsultation, dossiers partagés), sous réserve d’un accompagnement technique et humain adapté.
  • Une priorité donnée à la qualité de vie et à l’équilibre professionnel, devenus des critères décisifs, en particulier pour les praticiens formés après 2000.

La médecine libérale en Languedoc-Roussillon porte donc un visage pluriel, en tension entre héritage et innovation, et doit sans cesse s’adapter pour garantir à la fois la proximité, l’accessibilité et la qualité du soin.

Pour approfondir : sources et ressources utiles

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