25 février 2026

Travailler ensemble : comment l’exercice coordonné réinvente l’organisation des soins libéraux en Languedoc-Roussillon

La transformation progressive de la médecine libérale vers l’exercice coordonné s’impose aujourd’hui comme un levier crucial pour adapter l’organisation des soins aux réalités sanitaires du Languedoc-Roussillon. À travers ce regard régional, plusieurs dimensions clés se dégagent :
  • Renforcement de la cohérence et de l’efficacité des parcours de soins, avec moins de ruptures et une meilleure orientation des patients.
  • Appui aux zones rurales ou urbaines fragiles grâce à des dispositifs comme les maisons de santé pluriprofessionnelles ou les CPTS.
  • Développement du travail interprofessionnel, gage de qualité et d’innovation dans la réponse aux besoins locaux.
  • Soutien accru aux médecins pour limiter l’isolement et favoriser l’attractivité des territoires, tout en allégeant la charge administrative.
  • Initiatives concrètes portées à l’échelle régionale, illustrant une dynamique vivante, entre contraintes du terrain et ambition collective.
L’exercice coordonné, en Languedoc-Roussillon, façonne ainsi une médecine de proximité plus structurée, solidaire et réactive, au service de tous.

Définir l’exercice coordonné : une dynamique au service des patients et des professionnels

L’exercice coordonné consiste pour les professionnels de santé libéraux à organiser leur travail en équipe ou en réseau, dans le but de mieux répondre aux besoins de leurs patients et de leur territoire. Elle se décline sous diverses formes : maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), équipes de soins primaires (ESP), centres de santé, ou plus récemment, communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).

En Languedoc-Roussillon — désormais rattaché à la grande région Occitanie mais gardant une identité forte — l’exercice isolé s’est longtemps imposé comme norme. La densité médicale demeure inégale : selon l’ARS Occitanie (Atlas régional, 2022), le Gard, la Lozère ou une partie de l’Aude sont touchés par une faible présence médicale, tandis que la métropole montpelliéraine ou le littoral concentrent davantage d‘offres. La coordination répond à la fois à un besoin de soutien pour les praticiens esseulés, et à une demande des patients pour un accès à des soins continus et efficaces.

Pourquoi passer à l’exercice coordonné ?

  • Fluidité des parcours de soins : La coordination améliore l’orientation des patients et évite les ruptures de suivi, en particulier lors de situations complexes (personnes âgées, polypathologies, soins à domicile, etc.).
  • Réponse adaptée aux déserts médicaux : Les regroupements structurés dans les zones rurales permettent un partage des tâches, une mutualisation des moyens et une présence médicale plus constante.
  • Qualité et sécurité des prises en charge : Le décloisonnement entre professions favorise la jonction entre médecine générale, spécialités, infirmiers, pharmaciens, paramédicaux, et un accès partagé à l’information médicale (dossier patient informatisé, réunions de concertation).
  • Attractivité retrouvée des territoires : Travailler à plusieurs, dans une structure ou un réseau, sécurise l’installation des jeunes médecins, propose une vie professionnelle plus équilibrée et moins exposée à l’isolement et au burnout.
  • Reconnaissance de l’engagement professionnel : L’exercice coordonné donne accès à des financements spécifiques (ACI, missions de santé publique, projets de prévention soutenus par l’ARS), valorisant le temps investi hors de la consultation.

Par exemple, en Lozère, l’installation d’une MSP a permis de stabiliser l’offre médicale et d’attirer un nouvel effectif, alors que le canton était en grande difficulté il y a dix ans (Ouest-France, 2021).

Les formes principales d’exercice coordonné en Languedoc-Roussillon : état des lieux

Les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP)

Elles rassemblent au sein d’un même lieu plusieurs professions de santé autour d’un projet commun. En Languedoc-Roussillon, le maillage s’est densifié : plus de 40 MSP sont actives sur l’ex-territoire, bénéficiant dans la majorité des cas d’un soutien ARS/région. Ces structures, parfois implantées dans des bourgs ruraux (par exemple, Saint-Hippolyte-du-Fort dans le Gard), associent souvent médecins, kinésithérapeutes, infirmiers, pharmaciens et psychologues. L’outil de coordination : réunions de concertation, protocoles partagés, agenda commun, prise en charge pluridisciplinaire.

Un retour d’expérience du bassin de Thau (Hérault) montre que la création d’une MSP a réduit le recours aux urgences hospitalières de proximité et amélioré la gestion des maladies chroniques, grâce à une prise en charge précoce par l’équipe locale.

Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS)

Mises en avant depuis la Loi de modernisation de notre système de santé (2016), les CPTS permettent à l’ensemble des professionnels (qu’ils exercent à plusieurs ou seuls) de se coordonner à l’échelle d’un territoire : prise en charge des soins non programmés, développement de la prévention, réponses aux crises (épidémies, risques climatologiques), ou encore organisation de la permanence des soins.

En 2023, la région Occitanie comptait plus de 30 CPTS labellisées, dont une dizaine issues du Languedoc-Roussillon (source : ARS Occitanie). À Béziers, les CPTS ont notamment permis de coordonner la distribution de vaccins anti-Covid, puis d’organiser l’accès prioritaire aux soins pour des patients précaires, en partenariat avec les associations et les bailleurs sociaux.

Les équipes de soins primaires et réseaux de santé

Dans les zones urbaines, des formes plus souples d’organisation se développent : création d’équipes informelles autour de patientèles communes, démarches d’éducation thérapeutique ou coordination ponctuelle. Le Réseau Diabète Occitanie, actif sur l’ex-Languedoc-Roussillon, a par exemple fédéré médecins, infirmières d’éducation, diététiciens et pharmaciens autour de parcours personnalisés.

Quels bénéfices pour les patients et les soignants ?

L’exercice coordonné, une mosaïque d’avantages pour la médecine libérale régionale
Pour les patients Pour les soignants
Prise en charge plus rapide et mieux orientée Moins d’isolement, relations de travail enrichies
Information médicale partagée, suivi facilité Appui sur d’autres compétences, baisse de la charge
Accès à la prévention, aux actions de santé publique Valorisation des missions de coordination, financements dédiés
Maintien d’une offre médicale de proximité Meilleure attractivité des postes et dynamique territoriale

Dans l’agglomération de Narbonne, une coordination entre généralistes et IDEL a permis de diviser par deux le délai d’accès à un premier rendez-vous pour les plaies chroniques (source : Ameli.fr).

Pour les soignants, en particulier les plus jeunes ou les néo-installés, la possibilité d’intégrer un collectif réduit le temps administratif, offre la possibilité de mutualiser un secrétariat ou des outils informatiques, et autorise des temps de formation ou de coopération inhabituels en exercice isolé.

Quels freins persistent ? Points de vigilance et défis concrets

L’exercice coordonné ne dissipe pas toutes les difficultés. Plusieurs obstacles ont émergé dans le Languedoc-Roussillon, parfois amplifiés par la géographie, la diversité des réalités territoriales et le vécu des praticiens :

  • La lourdeur des procédures administratives pour le montage des structures, qui décourage certains porteurs de projets.
  • Des freins culturels : acceptation du partage d’informations, confiance interprofessionnelle parfois à construire, crainte d’une dilution de la responsabilité ou d’une perte d’indépendance.
  • L’inégalité d’accès au numérique, en particulier dans des zones où les réseaux sont faibles, ou parmi les praticiens peu formés à l’outil informatique.
  • L’enjeu du financement, encore considéré par certains comme instable ou insuffisant pour pérenniser les équipes au-delà de la mise en place initiale.

Cependant, des appuis régionaux existent. La Fédération Occitanie Roussillon des Maisons de Santé ou les dispositifs de l’URPS Médecins Libéraux accompagnent techniquement et financièrement les porteurs de projet, bien qu’un besoin de simplification soit exprimé. Certaines collectivités territoriales, comme le Tarn, proposent même un "guichet unique" pour centraliser les démarches.

Exercices coordonnés remarquables en Languedoc-Roussillon : illustrations locales

  • La MSP de Saint-Jean-de-Buèges (Hérault) : installée dans un village de 400 habitants, la structure compte 7 professionnels (généralistes, kiné, sage-femme, IDEL, psychologue) et organise des ateliers santé ouverts à tous. La coordination a permis d’enrayer la désertification médicale qui menaçait le secteur.
  • Le réseau Révès (Aude/Pyrénées-Orientales) : articulation entre libéraux et établissements. Ce réseau coordonne la prise en charge des patients en soins palliatifs à domicile, permettant dans 78 % des cas le maintien à domicile jusqu’au terme (source : Révès 2022, rapport d’activité).
  • La CPTS Littoral Ouest Héraultais : réunissant généralistes, spécialistes, paramédicaux, pharmaciens, CPTS et hôpitaux autour de la prévention des risques « chaleur » et de la gestion de la permanence des soins touristiques en été.

Vers quelle organisation régionale demain ?

L’exercice coordonné continue de se diffuser en Languedoc-Roussillon, en réponse aux défis communs et à la pression démographique accrue. Les plus jeunes praticiens, en partenariat avec les membres expérimentés, portent une nouvelle culture du travail collectif, qui tend à structurer de nouveaux modes d’organisation pour répondre de façon innovante aux attentes des patients.

La force du modèle régional reste sa capacité de s’adapter : aux vallées rurales enclavées comme aux métropoles en expansion, aux besoins ponctuels comme aux grandes orientations de santé publique (dépistages, prévention, éducation thérapeutique). Les institutions locales (Agence Régionale de Santé, collectivités, URPS, fédérations de structures) sont invitées à poursuivre leur appui, en particulier pour lever les obstacles réglementaires et soutenir la pérennité des projets.

L'exercice coordonné, loin de n'être qu'une organisation technique, incarne un mouvement profond de revitalisation de la médecine libérale, qui, en Languedoc-Roussillon, démontre chaque jour qu'agir ensemble, au service du territoire, n'est pas seulement souhaitable, mais indispensable à une santé de qualité, accessible et humaine.

Sources principales : ARS Occitanie, Fédération Occitanie Roussillon des MSP, AMELI, INSEE, Ouest-France, URPS Médecins Libéraux Occitanie, Rapports réseaux régionaux.

En savoir plus à ce sujet :