12 octobre 2025

Régulation territoriale des médecins libéraux : l’empreinte de l’URPS en Languedoc-Roussillon

Comprendre l’URPS : de l’instance à l’action locale

L’Union Régionale des Professionnels de Santé (URPS) est souvent mentionnée comme un acteur pivot dans l’organisation de l’offre de soins libérale. Mais quelle est sa réalité sur le terrain, tout particulièrement en Languedoc-Roussillon ? Dans ce territoire aux dynamiques démographiques complexes et aux défis spécifiques d’accès aux soins, l’URPS Médecins Libéraux Occitanie agit en première ligne de la régulation territoriale, entre négociation, représentation et pilotage d’actions concrètes. Avec un maillage très majoritairement composé de médecins généralistes et spécialistes libéraux, elle reflète les spécificités de notre région, de la métropole de Montpellier à la ruralité des Cévennes et des Pyrénées Orientales.

Le contexte régional est marqué par une diversité contrastée : près de 2,8 millions d’habitants (INSEE, 2022), une population vieillissante (un habitant sur trois a plus de 60 ans dans les Pyrénées-Orientales et le Gard – source ARS), et d’importantes disparités entre zones urbaines, littorales touristiques, et arrière-pays parfois sous-doté médicalement (ONDPS, 2022). Comment l’URPS intervient-elle dans ce paysage régional fragmenté ?

Régulation territoriale : clarification conceptuelle et rôle de l’URPS

Le terme de « régulation territoriale » recouvre l’ensemble des dispositifs visant à organiser, répartir et articuler l’offre de soins sur un territoire donné afin de répondre aux besoins de la population, tout en assurant l’équité d’accès et la soutenabilité du système. Pour les médecins libéraux, cela implique :

  • La répartition géographique des professionnels
  • La coordination avec les autres acteurs de santé
  • L’adaptation aux évolutions locales : démographie, pathologies, précarités, etc.

L’URPS, créée par la Loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoires) de 2009, possède un double mandat : représenter les médecins libéraux auprès des pouvoirs publics régionaux (notamment l’ARS) et piloter/concrétiser des actions structurantes sur le terrain. Son rôle n’est pas seulement consultatif : elle dispose d’une capacité d’initiative pour co-construire les politiques régionales de santé. Elle participe notamment à l’élaboration du Projet Régional de Santé (PRS) et intervient dans la gestion de crises sanitaires, dans la création de structures de soins coordonnés, ou encore dans le développement de l’offre numérique.

Les outils régionaux de régulation impulsés ou co-construits par l’URPS

Au sein du Languedoc-Roussillon, l’URPS Médecins Libéraux Occitanie a impulsé ou renforcé plusieurs dispositifs en partenariat avec l’ARS et les collectivités, visant à corriger le déséquilibre de l’offre médicale et à soutenir l’attractivité des zones fragiles :

  • Les Zones d’Intervention Prioritaire (ZIP) et Zones d’Action Complémentaire (ZAC)
    • En 2023, 62 communes du Languedoc-Roussillon ont été classées en ZIP (source : ARS Occitanie). Le classement repose notamment sur les données collectées et analysées par l’URPS, croisant densité médicale, besoins de soins, et indicateurs d’accessibilité.
    • L’URPS a plaidé pour un redécoupage plus fin, notamment pour certains territoires de l’Hérault où des poches de sous-médicalisation coexistent avec des zones surdotées.
  • Les outils numériques territoriaux
    • Déploiement de la plateforme régionale de téléconsultation (TéléOCC), labellisée par l’URPS, facilitant la répartition des charges, particulièrement dans les EHPAD ruraux des Hautes-Corbières ou du Lodévois (URPS ML Occitanie, rapport 2022).
    • Appui au Dossier Médical Partagé (DMP) et développement de la messagerie sécurisée MSSanté auprès des médecins libéraux locaux, facteur d’efficience dans les territoires où les réunions de coordination sont difficiles à organiser.
  • Les dispositifs d’incitation à l’installation
    • Élaboration en lien avec l’ARS d’un « kit installation libérale » incluant accompagnement administratif, visites de territoire, et parrainage par des pairs : 48 nouveaux médecins accompagnés en 2022 sur le bassin du Gard rhodanien ou du sud Aveyron.
    • Participation à l’élargissement et au suivi du Contrat d’Aide à l’Installation des Médecins (CAIM), permettant une prime de 50 000 € pour l’installation dans les zones sous-dotées, mis en place sur des territoires pilotes sur proposition de l’URPS en 2021.

Voix croisées de terrain : ce que pensent les médecins et les acteurs locaux

Selon une enquête menée par l’URPS en décembre 2023 auprès de 453 médecins libéraux du Languedoc-Roussillon (diffusée dans la newsletter régionale URPS ML), 61 % déclarent connaître au moins un dispositif de régulation ou d’incitation auquel contribue leur URPS locale. Parmi les observations les plus fréquemment remontées :

  • L’importance d’obtenir une meilleure visibilité sur l’offre locale pour coordonner prise en charge et orientation des patients.
  • Des attentes fortes sur le soutien logistique et le lobbying pour défendre l’attractivité du rural, particulièrement dans le Haut-Verdouble (Pyrénées-Orientales) ou la vallée de l’Aude.
  • Des retours positifs sur la réactivité de l’URPS lors de la crise Covid : 3 800 masques distribués en 72 heures dans l’Hérault lors du premier confinement, information relais auprès des généralistes lors de la mise en place du Centre de Vaccinations de Béziers (URPS, bilan Covid 2020).

Côté élus et institutions, plusieurs témoignages recueillis en 2023 pointent un « effet levier » de l’URPS, capable d’ouvrir le dialogue entre mairie, ARS, association de patients et médecins libéraux pour débloquer certaines situations, comme à Capestang (Hérault), où l’arrivée de deux jeunes médecins libéraux a été contractualisée grâce à l’implication conjointe de ces acteurs, coordonnés via l’URPS.

Missions de l’URPS en matière de continuité et de permanence des soins

La question de la PDS (Permanence Des Soins) est récurrente en Languedoc-Roussillon, région présentant une hausse annuelle des passages aux urgences de +5,2 % sur la décennie 2012-2022 (Santé Publique France). L’URPS, aux côtés de l’ARS, pilote et coordonne :

  • La mobilisation des gardes médicales, en adaptant l'organisation selon les pics saisonniers touristiques sur le littoral et les villages d’altitude l’hiver (par exemple, dispositif « Médecin de garde à la plage » à Palavas-les-Flots).
  • L’expérimentation de la télé-expertise dans la gestion des demandes SOS Médecins ou SAMU 34.
  • L’organisation des relais de garde en pharmacie, notamment le dimanche, en partenariat avec les Unions Régionales de Pharmaciens.

Aujourd’hui, près de 90 % du territoire du Languedoc-Roussillon bénéficie d’un accès organisé à une PDS libérale, soit en maison de santé, maison médicale de garde, ou sous forme de secteurs de mobilisation ponctuelle selon l’outil de cartographie co-construit par l’URPS et l’ARS (source : URPS ML Occitanie).

La dimension anticipatrice et prospective de l’URPS : quelques exemples marquants

Outre le pilotage d’actions immédiates, l’URPS du Languedoc-Roussillon se distingue par sa capacité à anticiper les besoins futurs, avec notamment :

  • Les observatoires locaux des besoins de santé
    • Publication annuelle depuis 2021 du Baromètre régional d’accessibilité aux soins libéraux, alertant sur la baisse de densité médicale future : projection à l’horizon 2030 d’une baisse de 18 % du nombre de médecins généralistes actifs dans les zones rurales du Gard et des Pyrénées-Orientales (source : URPS, Baromètre 2023).
  • Le pilotage de la transition démographique et numérique
    • Proposition en 2022 de renforcer les outils de télémédecine pour les suivis post-hospitalisation, notamment dans les Ehpad ou pour les patients chroniques isolés, en lien avec le dispositif e-Parcours Occitanie.
    • Formation initiale et continue de 312 médecins à la télémédecine en Languedoc-Roussillon (2022-2023, URPS ML Occitanie).

Regards critiques et perspectives d’amélioration

L’action de l’URPS est loin d’être exempte de limites. Plusieurs points de vigilance restent identifiés, selon les retours du terrain :

  • L’efficience des dispositifs demeure dépendante du portage local et du temps médical disponible pour s’impliquer, souvent très contraint.
  • La concertation entre l’URPS et certains partenaires locaux pourrait être encore améliorée, notamment avec les CPTS (Communautés Professionnelles Territoriales de Santé), pour une meilleure lisibilité des offres et des dispositifs sur le terrain.
  • Certains médecins expriment une difficulté à percevoir l’impact direct de l’URPS sur leur quotidien, renforçant la nécessité de rendre compte davantage des résultats concrets, voire d’améliorer leur communication descendant.

La question de l’attractivité médicale en Languedoc-Roussillon reste posée, avec une proportion de jeunes médecins s’installant en libéral encore assez faible (moins de 30 % des internes formés à Montpellier, selon la DREES, 2023). L’URPS a entrepris, en lien avec les facultés, de mener des opérations de sensibilisation dès l’internat, avec quelques débuts de résultats qu’il conviendra de suivre sur la durée.

À surveiller : défis et nouveaux chantiers de la régulation territoriale en région

Le Languedoc-Roussillon restera dans les années à venir un laboratoire vivant pour la régulation territoriale des soins. Plusieurs enjeux occuperont sans doute l’agenda de l’URPS et des instances régionales :

  • Anticiper les départs à la retraite massifs : 36 % des médecins en exercice dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales ont aujourd’hui plus de 60 ans (ONSM, Atlas 2023).
  • Renforcer l’adéquation entre la formation et les besoins du territoire, notamment via des stages en libéral dans les zones prioritaires.
  • Développer le diagnostic de territoire co-construit, afin d’affiner la cartographie des besoins et d’adapter en temps réel les politiques d’incitation ou de soutien à l’installation.
  • Soutenir l’innovation organisationnelle, de la télémédecine à l’exercice regroupé et coordonné, pour répondre à la dualité des défis urbains et ruraux.

En mettant en perspective expériences, données chiffrées et retours de terrain, le Languedoc-Roussillon illustre comment l’URPS participe à la régulation territoriale, arbitre entre urgence et prospective, et fédère les énergies, au service d’une médecine libérale vivante et adaptée aux réalités régionales. Pour les professionnels, les institutions et la population, il s’agit d’un chantier en permanente évolution : la contribution des médecins libéraux et l’efficacité de leur représentation via l’URPS pèseront sans nul doute dans les équilibres futurs d’accès aux soins sur notre territoire.

Sources : ARS Occitanie, URPS ML Occitanie (rapports et newsletters 2022-2023), INSEE, ONDPS (2022), ONSM, DREES, Santé Publique France.

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